L’ancien directeur de la DGSE, Bernard Emié, a nié, ces derniers jours, toute responsabilité de l’institution dans la tentative d’assassinat d’une coach en entreprise, menée par d’anciens agents. L’arrestation en juillet 2020 de ces derniers a permis de mettre en lumière l’affaire Athanor: une liste de contrats criminels imaginés au sein d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine.
Quatre militaires des renseignements et un ancien réserviste sont jugés pour leur implication dans la tentative d’assassinat d’une coach en entreprise, confondue selon eux avec une espionne. Au procès Athanor, leur hiérarchie, dont l’ex-directeur de la DGSE, a nié pendant quatre jours toute responsabilité dans « la dérive » de ces anciens agents.
« J’ai été très choqué en découvrant les faits en même temps que la presse », a déclaré ce mardi 21 avril devant la cour d’assises spéciale de Paris l’ancien patron du renseignement extérieur, Bernard Emié, seul représentant de l’institution à s’exprimer à visage découvert lors d’un défilé de témoins anonymisés.
L’arrestation de deux de ses agents, Dagomar et Adelar, en juillet 2020 à Créteil, près du domicile de Marie-Hélène Dini, a ouvert la boîte de Pandore de l’affaire Athanor et révélé une longue liste de contrats criminels imaginés au sein d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine. 22 personnes sont jugées jusqu’à mi-juillet.
Une mission « hors cadre »?
D’abord muets en garde à vue, Pierre Bourdin et Carl Esnault, alias Dagomar et Adelar, affectés à la surveillance d’un site abritant un camp du prestigieux service Action (SA), popularisé par la série Le Bureau des Légendes, ont fini par expliquer qu’il s’agissait d’une mission « hors cadre » de la DGSE. Une version vertement démentie par l’institution.
« Il n’existe pas – sauf dans les romans d’espionnage – de missions hors cadre. Elles sont cadrées et autorisées », a martelé l’ancien patron, interrogé sur l’existence d’opérations clandestines sur le territoire national, « strictement réglementées dans le cadre de la lutte antiterroriste ».
Cette affaire embarrassante pour la DGSE met en lumière plusieurs manquements qu’elle s’est efforcée de minimiser devant la cour, renvoyant les militaires à leurs « fantasmes » et responsabilités individuelles.
Plusieurs gradés ont toutefois admis un problème d’effectifs et un sentiment de « frustration » chez ces militaires, physiquement proches des « légendes » qu’ils côtoyaient à la cantine.
Interrogé sur une forme de laisser-aller au sein du camp de Cercottes (Loiret), Bernard Emié a évoqué l’aspect « cool » de certains agents du SA, « avec les cheveux longs et une barbe », avant de préciser qu' »un camp du SA, ce n’est pas cool du tout ».
Inlassablement, les témoins l’ont répété, en visioconférence, derrière leur vitre sans tain: rien ne permettait aux « gardes-barrières » Dagomar et Adelar de se croire investis d’une mission opérationnelle. L’espérer, peut-être. Le croire, non.
« L’ambiguïté n’existait pas »
Un narratif que la défense s’est attachée à contester, sans pour autant ébranler l’ancien chef de cabinet de la DGSE, manifestement rompu aux techniques d’interrogatoire sous pression et au « mentir-vrai », selon la formule d’Aragon reprise par un avocat.
Sur le cloisonnement invoqué par les accusés, dont certains disent avoir agi pour la DGSE sans tout savoir, cet officier traitant « 5924 » a expliqué: « On cisèle l’information qu’on veut protéger, son but, mais pas l’existence même de l’opération. »
Selon lui, « l’ambiguïté n’existait pas » et les gardes-barrières « savaient très bien quelle était leur fonction ». « Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas alerté leur hiérarchie. »
Carl Esnault, un caporal promis à une progression rapide, a soutenu tout au long de la procédure avoir agi sur ordre de sa hiérarchie. Ses avocats n’ont jamais pu obtenir son contrat de travail.
« Six ans plus tard, personne à la DGSE n’est capable de nous fournir le moindre élément concret sur les véritables fonctions de notre client. Nous n’avons finalement vu qu’un service qui se protège et qui a menti à plusieurs reprises », ont détaillé à l’AFP ses avocats, Mes Romain Ruiz et Magali Woch.
« L’institution porte une part de responsabilité »
« L’idée d’une dérive individuelle est une version construite. L’institution porte une part de responsabilité en les armant, en les formant et en ne les encadrant pas suffisamment », a estimé Me Olivier Bluche, l’avocat de Yannick Pham, ancien réserviste à la DGSE pour son expertise en faux papiers, qui avait fourni une balise GPS à Dagomar et Adelar.
Pierre Bourdin, critiqué à l’unisson par ses supérieurs pour son immaturité et sa mythomanie, avait, en dehors de ses fonctions, transporté des pièces d’armement avec l’aval de la DGSE.
Décrit comme quelqu’un qui « s’épanouit dans le chaos », il est devenu, selon son avocate Me Marie-Alix Canu-Bernard, « bien pratique pour sa hiérarchie, qui n’a rien su, rien vu, rien entendu ».
L’armurier Nicolas Sislian, qui fournissait des armes à l’institution, le considérait néanmoins comme une sorte de fils et avait expliqué lors de son interrogatoire qu’à la DGSE, « il y a des règles », mais que « l’on s’assoit dessus assez régulièrement ».
Source:
www.bfmtv.com




