La police népalaise a arrêté samedi l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli et l’ancien ministre de l’Intérieur Ramesh Lekhak à leurs domiciles respectifs à Bhaktapur.
Les policiers ont utilisé des « mandats d’arrêt urgents » pour arrêter les dirigeants dans le cadre d’une enquête pour homicide sur la mort de manifestants lors du soulèvement de la « génération Z » en septembre dernier. L’opération a commencé vers 5 heures du matin, à la suite d’une réunion nocturne du Cabinet dirigée par le Premier ministre Balendra Shah, au cours de laquelle le gouvernement a décidé de mettre immédiatement en œuvre les conclusions d’une commission dirigée par l’ancien juge Gauri Bahadur Karki.
La Commission Karki a recommandé qu’Oli et Lekhak, ainsi que l’ancien chef de la police Chandra Kuber Khapung, soient poursuivis en vertu des articles 181 et 182 du Code pénal national. Ces lois couvrent le fait de causer la mort par négligence criminelle ou par des actes imprudents, passibles d’une peine de prison potentielle de trois à dix ans et d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 roupies (1 000 dollars américains). Le rapport de la commission a révélé que les hauts responsables n’ont pas réagi sur la base des renseignements qui auraient pu empêcher les violences, qui ont entraîné la mort de 77 personnes et la destruction de milliards de biens.
Immédiatement après les arrestations, la situation à Katmandou est devenue tendue lorsque les partisans du parti d’Oli, le CPN-UML, ont franchi les barricades de police à Maitighar Mandala pour protester contre cette décision. Oli a été emmené à l’hôpital universitaire de Tribhuvan pour un examen de santé, étape standard avant qu’un suspect ne soit placé en cellule de détention. Alors que le gouvernement procédait aux arrestations, le parti du Congrès népalais a publié une déclaration qualifiant le rapport Karki de « partial » et « à première vue erroné », arguant qu’il avait ignoré les actes d’incendie criminel et de vandalisme survenus le 9 septembre.
La bataille juridique trouve son origine dans le mouvement de la « génération Z » de septembre 2025, lorsque de jeunes militants sont descendus dans la rue pour protester contre la corruption du gouvernement et contre l’interdiction de 26 plateformes de médias sociaux, dont Facebook et YouTube. Au cours de la répression, les forces de sécurité ont été accusées d’avoir eu recours à une force meurtrière illégale, notamment à balles réelles. À l’époque, le ministre de l’Intérieur Lekhak avait démissionné pour des « raisons morales » et le Premier ministre Oli avait finalement démissionné face aux conséquences politiques grandissantes.
Cette affaire constitue désormais un test majeur pour l’état de droit au Népal alors qu’elle est portée devant les tribunaux. Dimanche, les procureurs du gouvernement doivent demander à un juge de valider les mandats d’arrêt urgents. Selon la loi, ces mandats ne sont destinés qu’aux suspects susceptibles de s’enfuir ou de détruire des preuves, un point que les avocats de la défense contestent déjà. Si le tribunal approuve les mandats d’arrêt, les dirigeants pourraient être détenus jusqu’à 25 jours pour être interrogés ; dans le cas contraire, ils doivent être libérés immédiatement. Le résultat déterminera si le pays suit les procédures juridiques établies ou si le processus est considéré comme une « vendetta politique ».
Source:
www.jurist.org




