La justice française a requis, vendredi 27 février, vingt ans de réclusion criminelle contre Brahim Chnina, 54 ans, et Abdelhakim Sefrioui, 66 ans. Ces derniers sont les deux auteurs d’une campagne de haine ayant visé Samuel Paty, lancée avant sa décapitation par un djihadiste tchétchène pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.
Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui sont jugés en appel, depuis la fin de janvier, par la cour d’assises spéciale de Paris, pour cette cabale en ligne ciblant le professeur d’histoire-géographie. Elle ne s’était arrêtée qu’avec son assassinat par Abdoullakh Anzorov, le 16 octobre 2020, près du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Une « terreur »
L’accusation a demandé d’assortir cette peine d’une période de sûreté des deux tiers (durant laquelle aucun aménagement de peine ne sera possible). Les deux hommes, qui encourent trente ans d’emprisonnement, avaient interjeté appel de leur condamnation en première instance à treize et quinze années de réclusion criminelle. « On ne reproche pas à Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui des actes préparatoires à l’attentat commis par (Abdoullakh) Anzorov, a résumé l’une des deux avocats générales. Ce qu’on leur reproche, ce sont des actes préparatoires à tous les Anzorov potentiels. »
Leur action et la désignation d’une cible ne peuvent être mises sous le coup de l’impulsion vite réprimée. Elle « dure dix jours, du 7 octobre au 16 octobre », relève la magistrate, dans un réquisitoire minutieux, s’employant, point par point, à priver d’oxygène la défense qui doit plaider vendredi et samedi.
La cabale en ligne a semé au collège une « terreur (qui) était là avant même l’entrée en scène du terroriste Anzorov » : « C’est cette phase-là que vous avez à juger en ce qui concerne les deux accusés, Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina. » Selon la magistrate, ils étaient passibles de poursuites avant même que l’attentat ne soit commis : « On leur reproche d’avoir créé les conditions d’un passage à l’acte terroriste. »
« Jamais un dossier de terrorisme n’aura revêtu autant d’enjeux sociétaux », poursuit-elle, insistant sur l’importance de protéger l’école, « fondement de la République ». Les deux hommes, qui ne connaissaient pas Abdoullakh Anzorov, affirment n’avoir pas eu conscience de l’assassinat à venir ni intention qu’il advienne. Ils affirment également n’avoir pas été mus par la question du blasphème et des caricatures, qu’avait invoquée Abdoullakh Anzorov dans la revendication de son crime.
Le parquet général doit aussi donner ses réquisitions contre deux proches d’Abdoullakh Anzorov. Condamnés en première instance à seize ans de réclusion criminelle, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, encourent la perpétuité. Le verdict est attendu lundi.
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