Par Maryse Dumas, syndicaliste
« Osez pousser la porte ! » C’est le conseil que donne une toute nouvelle syndiquée de la CGT dans une vidéo réalisée à l’occasion des 80 ans de la bourse du travail de Malakoff (92). Elle explique qu’en état de désarroi profond du fait de la politique managériale menée dans son entreprise, elle a un jour osé franchir le seuil de la bourse du travail. Elle y a trouvé, dit-elle, d’abord de la chaleur humaine, de la compréhension, du réconfort, mais aussi des conseils dispensés par des personnes qui ont « de l’expérience et de la compétence ». Son rapport au travail et à ses collègues en a été changé. D’où son adhésion et son encouragement à ce que d’autres fassent la même démarche, ce qui, en fait, se pratique quotidiennement un peu partout en France.
Le syndicalisme se caractérise en effet d’abord par cette capacité à l’entraide et à la solidarité. Elle est fondée sur une analyse de classe des rapports sociaux : les salarié·es ont des intérêts communs à défendre et ils et elles peuvent et doivent le faire ensemble. Si le premier principe syndical est celui de la solidarité, un deuxième le complète. Il a été défini par Karl Marx à l’occasion de la fondation de l’AIT (Association internationale des travailleurs) : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». D’où une attitude constante des militants et militantes pour encourager les salarié·es à prendre eux-mêmes et elles-mêmes leurs affaires en main en s’organisant, en se syndiquant, en créant sur leur lieu de travail une organisation syndicale de base, premier outil de résistance, de lutte et d’affirmation des revendications.
Ce processus paraît simple quand on l’écrit, il l’est évidemment beaucoup moins dans la réalité concrète. Si des milliers de personnes poussent la porte des unions locales de la CGT pour obtenir des conseils et de l’aide, elles sont beaucoup moins nombreuses à s’engager elles-mêmes dans cette œuvre émancipatrice collective. Tout est rendu plus difficile par la réduction des moyens syndicaux, l’affaiblissement de la force globale du syndicalisme et aussi par une des tendances du moment qu’on résume par le terme « individualisme », fortement entretenu par le libéralisme et les pratiques managériales. Pour autant, le syndicalisme reste une force qui compte et qui attire : 45 000 salarié·es ont, par exemple, adhéré pour la première fois à la CGT en 2025.
« Le syndicalisme est d’intérêt public », affirme légitimement la CGT, qui veut le faire reconnaître comme tel, obtenir les droits et la reconnaissance correspondants et ainsi damer le pion à toutes les velléités, et elles sont nombreuses, de le réprimer et de le contenir de toutes les manières possibles. Le 4 février prochain, la CGT organise à Montreuil (93), un grand meeting pour la défense et l’élargissement des libertés syndicales dans notre pays. Il y a, en effet, de quoi faire ! L’indignation est grande à l’annonce de la mise en examen de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, pour ses propos « les rats quittent le navire » qui commentaient l’attitude patronale menaçant de quitter la France si les grandes entreprises se voyaient astreintes à participer à la solidarité nationale. Mais cette agression est loin d’être la seule : plusieurs dirigeantes et dirigeants confédéraux sont également menacés de procédures diverses ainsi que des centaines d’autres militantes et militants un peu partout dans le pays. Notre droit commun à revendiquer une amélioration de notre condition est visé. Défendons-le ensemble.







