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Isaac Hammouch « Le Maroc et la Belgique : un nouveau pacte stratégique au cœur d’un dossier saharien épineux »

Le jeudi 23 octobre 2025, à Bruxelles, le Royaume du Maroc et le Royaume de Belgique ont réaffirmé leur volonté de franchir une nouvelle étape dans leur partenariat stratégique et multidimensionnel. Cette déclaration d’intention, officialisée lors de la rencontre entre le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et son homologue belge, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement, Maxime Prévot, marque un tournant diplomatique qui dépasse largement le simple cadre bilatéral. Le dialogue politique entre Rabat et Bruxelles, qualifié d’« excellent », a été salué, ainsi que l’intensification des échanges et la mise en place d’une feuille de route bilatérale issue de la Haute Commission Mixte de 2024. Le partenariat vise désormais non seulement la coopération traditionnelle mais aussi le développement conjoint de chaînes de valeur technologiques, la promotion d’investissements durables dans des secteurs stratégiques — hydrogène vert, transition énergétique, infrastructures, innovation — et une coopération renforcée dans les domaines de la sécurité et du développement humain.

Cette dynamique intervient dans un contexte géopolitique marqué par la recomposition des alliances euro-africaines, mais également par l’un des dossiers les plus sensibles de la région : la question du Sahara occidental. Pour le Maroc, le rapprochement belge constitue une reconnaissance implicite de la pertinence de son projet d’autonomie pour les provinces sahariennes — une solution qu’il estime crédible, sérieuse et compatible avec les approches de l’Union européenne et d’autres partenaires. En janvier 2025 déjà, la Belgique avait salué l’initiative marocaine comme « une très bonne base pour une solution mutuellement acceptable ». De son côté, le Maroc souligne que cette coopération renouvelée avec la Belgique se fonde sur le respect mutuel de la souveraineté de chaque État et sur la confiance.

La question saharienne, cependant, reste un champ de tensions ouvertes. Le conflit trouve ses racines dans le retrait de l’Espagne en 1975 et l’entrée en scène du Front Polisario — soutenu politiquement et matériellement par Algérie — qui revendique l’indépendance du Sahara occidental. La mission de l’Minurso est en place depuis 1991 pour superviser un cesse-le-feu et préparer un référendum d’autodétermination, jamais organisé, faute d’accord sur la liste électorale et la participation. Alger, quant à elle, maintient depuis des décennies que l’Algérie « n’est pas partie au dossier du Sahara occidental », tout en étant considérée par les observateurs comme un protagoniste clé du conflit. Le rapport 2024 du Secrétaire général des Nations unies confirme le rôle central de l’Algérie dans cette question. Une grande partie des camps de réfugiés de populations sahraouies sont en territoire algérien et l’Algérie a reconnu, dès 1976, la République arabe sahraouie démocratique (RASD), entité proclamée par le Front Polisario.

L’Algérie, selon de nombreux analystes, a des motivations multiples pour entretenir la situation telle quelle. D’une part, le maintien du différend empêche le Maroc de revendiquer un statut pleinement stabilisé pour cette zone, condition d’un potentiel rayonnement régional accru pour Rabat. D’autre part, le soutien au Front Polisario sert aussi un enjeu interne à Alger, celui de préserver sa légitimité politique à travers la posture de champion de la décolonisation. Le conflit saharien devient un outil géostratégique pour l’Algérie contre le Maroc, tout autant qu’un facteur de rivalité intra-maghrébine. En 2024, un blog de l’Atlantic Council analysait que « depuis près de cinq décennies, l’Algérie a utilisé le différend du Sahara occidental comme un front de son antagonisme envers le Maroc ». Dans ce cadre, l’initiative d’autonomie marocaine — toujours refusée par Alger comme base de négociation — est présentée comme un fait accompli qu’elle combat.

Le rôle de la Belgique dans cette équation prend donc une importance particulière. En s’engageant à approfondir un partenariat structurant avec le Maroc, Bruxelles renforce non seulement ses liens avec Rabat mais signale à ses partenaires européens qu’elle considère le Maroc comme un pivot incontournable sur les dossiers africains, migratoires, énergétiques et sécuritaires. Elle s’aligne ainsi davantage sur la logique d’intégration euro-africaine et de diversification des partenariats internationaux. Une telle posture pourra avoir un effet d’entraînement dans l’arène diplomatique, en légitimant progressivement la proposition marocaine d’autonomie et en isolant davantage les opposants, à l’instar de l’Algérie. À cet égard, les députés belges ont déjà préparé une motion pour exprimer un soutien officiel au plan d’autonomie marocain, tandis que Rabat valorise la coopération belge dans le cadre de ses réformes internes et de sa stratégie de régionalisation avancée.

Pour autant, ce nouveau pacte ne garantit pas une résolution immédiate du conflit. Le processus est toujours bloqué, les négociations inclusives restent au point mort et les parties campent sur leurs positions. Le voyage vers une solution juste, durable et mutuellement acceptable demeure semé d’embûches. L’Algérie refuse toujours de participer comme partie prenante, revendiquant un rôle uniquement « observateur », ce qui limite notablement l’efficacité des pourparlers. En parallèle, le Maroc insiste sur le fait que seule son initiative d’autonomie, sous sa souveraineté, constitue un cadre sérieux et crédible pour avancer. Le soutien de la Belgique, au même titre que celui d’autres capitales européennes, pourrait donc contribuer à l’évolution de l’équilibre diplomatique.

En conclusion, la déclaration du 23 octobre est bien plus qu’un communiqué bilatéral : elle s’inscrit dans un moment charnière de la diplomatie maroco-belge et du dossier saharien. Elle révèle une ambition partagée de bâtir une coopération approfondie et holistique, tout en jetant les jalons d’un repositionnement stratégique du Maroc vis-à-vis de l’Europe. Dans ce jeu à plusieurs dimensions — économique, énergétique, sécuritaire, et géopolitique — l’Algérie, en restant un acteur dormant mais déterminant, continue de jouer le rôle de verrou. Il revient désormais à Rabat et Bruxelles de tirer parti de cette fenêtre d’opportunité pour inscrire dans le long terme une dynamique positive, capable de débloquer un conflit qui nuit depuis près d’un demi-siècle à la stabilité régionale.

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