Ahmed El Khannouss et Jamal Ikazban ont dénoncé des menaces de mort accompagnées d’insultes racistes ou islamophobes. Ces affaires soulèvent une question qui dépasse leurs personnes : comment préserver l’engagement politique face à l’intimidation ?
À Molenbeek-Saint-Jean, Ahmed El Khannouss, président du CPAS et membre de Molenbeek Autrement–Molenbeek Anders, a confirmé avoir porté plainte après avoir reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux. L’information, rapportée par Sudinfo et relayée par Belga et BX1 le 3 octobre, concerne des messages envoyés fin août sur Messenger. Ceux-ci comportaient également des insultes racistes et islamophobes.
L’élu indique qu’il s’agit de sa deuxième plainte pour des faits de cette nature. Il explique recevoir régulièrement des insultes, mais décrit cette fois des propos « d’une violence incroyable ». Il dénonce la banalisation de la haine et redoute qu’elle débouche sur un passage à l’acte.
Quelques semaines auparavant, Jamal Ikazban, député bruxellois et chef du groupe PS au Parlement régional, avait lui aussi annoncé avoir saisi la justice. Dans un article daté du 18 août, BX1 rapportait que l’élu avait publié des messages contenant des insultes racistes et une menace explicite de venir en Belgique pour le tuer, visant également d’autres musulmans. Selon ses déclarations, une plainte avait été actée et la police avait commencé son travail.
Les deux affaires présentent des similitudes dans les faits dénoncés : des messages en ligne, une menace contre la vie et une hostilité visant l’identité ou la religion. Les éléments publics disponibles ne permettent cependant pas d’affirmer qu’elles sont liées ou qu’elles relèvent d’une action coordonnée.
Ces intimidations ont aussi des précédents. En janvier 2020, Pierre Kompany, alors bourgmestre de Ganshoren, avait reçu une lettre contenant des menaces de mort et des propos racistes. L’affaire avait été rapportée notamment par la RTBF, puis relayée par So Foot.
La question des personnes menacées dans l’exercice de leurs fonctions dépasse toutefois les seuls responsables politiques. Dans un bilan publié le 16 août 2026, le Centre de crise national indiquait avoir ouvert 54 nouveaux dossiers concernant 81 personnes durant le premier semestre. En comptant les dossiers antérieurs toujours actifs, 193 personnes étaient concernées. Ces chiffres englobent notamment des personnalités politiques, des policiers, des fonctionnaires et des magistrats : ils ne constituent donc pas un décompte des élus victimes de menaces racistes.
Face à la haine en ligne, une réponse collective commence à s’organiser. La Fédération bruxelloise du PS a annoncé le 28 septembre un dispositif d’écoute et d’accompagnement pour ses membres concernés, notamment dans leurs démarches de signalement et de plainte. Ahmed El Khannouss a salué cette initiative et appelé les autres partis à agir également.
L’enjeu démocratique est clair : la crainte d’être menacé peut peser sur la liberté de parole et décourager l’engagement public. Lorsque l’intimidation vise aussi les origines ou la religion, elle pose la question de l’égalité de participation à la vie politique.
Les enquêtes devront établir les responsabilités individuelles dans les affaires dénoncées. Mais la protection des personnes menacées mérite une solidarité qui dépasse les appartenances partisanes. Pouvoir défendre ses idées sans craindre pour sa vie reste une condition essentielle du débat démocratique.




