Quand j’ai lu la lettre de Wolfgang Grupp depuis son lit
d’hôpital, ce patron allemand de 84 ans, symbole de réussite et de
contrôle, parlait soudain d’une chose que beaucoup préfèrent taire
: une dépression du sujet âgé et une tentative de
suicide. Pour un homme qui a bâti toute son identité sur le
travail, la discipline, le costume parfaitement ajusté, ces
quelques lignes ont eu l’effet d’une gifle.
Je suis moi-même dépressif. En lisant sa phrase « Je suis dans ma
84e année et je souffre de ce qu’on appelle une dépression du sujet
âgé. On se demande alors si l’on est encore utile. C’est aussi pour
cette raison que j’ai essayé de mettre fin à mes jours », j’ai
entendu une version vieillie de mes propres pensées. Tout peut
sembler parfait autour, et pourtant à l’intérieur, tout s’écroule.
Ce contraste, je l’ai reconnu trop bien.
Dépression du sujet âgé : quand tout semble aller bien
Dans son courrier, Wolfgang Grupp ajoute : « Il peut falloir un
peu de temps avant que je sois à nouveau complètement en bonne
santé » puis « Je regrette profondément ce qui s’est passé et
j’aimerais pouvoir l’annuler ». Derrière ces mots, il y a ce
paradoxe : une vie objectivement pleine, subjectivement
insupportable. J’ai connu ces jours où le rire des enfants, l’amour
du couple, un livre qui sort, ne pèsent plus rien face à une
fatigue noire et une haine de soi tenace.
La dépression du sujet âgé est un trouble de l’humeur qui touche
des personnes après 60 ou 65 ans, sans que ce soit une conséquence
« normale » du vieillissement. La Fondation pour la Recherche
Médicale décrit des symptômes proches de la dépression classique
(tristesse, perte d’intérêt, troubles du sommeil, idées sombres),
mais aussi des tableaux trompeurs : douleurs, perte de poids,
ralentissement, plaintes de mémoire. Certains cas miment même un
début de démence, alors qu’il s’agit d’une maladie potentiellement
réversible, mais à haut risque suicidaire.
Hommes, retraite et perte de rôle : un terrain fragile
Dans l’histoire de Wolfgang Grupp, il y a aussi la retraite qui
arrive, l’entreprise transmise à ses enfants, ce glissement de « je
décide » à « je ne sers plus à rien ». Beaucoup d’hommes de sa
génération, élevés dans l’idée qu’un « vrai » homme ne flanche pas,
se retrouvent désarmés quand le travail ne structure plus les
journées. Dans ma propre famille, la dépression, l’alcool et la
honte ont traversé plusieurs générations masculines comme un
héritage toxique.
Selon le site ameli.fr, la dépression du sujet âgé se manifeste
souvent par un repli, une irritabilité nouvelle, des plaintes
physiques répétées, une consommation accrue d’alcool ou de
médicaments. L’entourage met cela sur le compte de l’âge, alors
qu’il existe des aides : médecin traitant, psychothérapie,
antidépresseurs de type ISRS comme la sertraline. J’ai moi-même
arrêté puis repris ce traitement, en redoutant la bouche sèche, la
tête en « coton », mais en sachant aussi que sans ce soutien
chimique, la maladie reprenait toute la place.
Parler des idées suicidaires, un acte
de soin
Le réflexe longtemps dominant a été de ne pas parler de suicide,
par peur de donner des idées. La Deutsche Gesellschaft für
Suizidprävention, société allemande de prévention du suicide,
résume ce tournant : « Au tournant du millénaire, la prise de
conscience s’est imposée que l’absence de reportages sur le suicide
pouvait certes empêcher des suicides ultérieurs, mais favorisait en
même temps une nouvelle tabouisation du sujet ». L’organisation
suisse Reden kann Retten rappelle elle que « parler du suicide et en
parler ouvertement est l’un des moyens les plus efficaces de
prévenir les suicides. Cela soulage souvent beaucoup tout le monde.
Les personnes concernées se sentent prises au sérieux ».
Les chercheurs parlent d’effet Werther quand des récits
détaillés de suicide entraînent des passages à l’acte, et
d’effet Papageno quand des témoignages centrés sur la
recherche d’aide ont l’effet inverse. D’où ce choix : pas de
détails sur les gestes, mais des alternatives concrètes si des
idées suicidaires apparaissent chez soi ou chez un
proche :
dire simplement « Je te sens différent, est-ce que tu penses
parfois que la vie ne vaut plus la peine ? » et écouter sans juger
;
proposer un rendez-vous avec le médecin traitant ou un
psychologue et, si possible, y aller ensemble ;
rappeler qu’accepter un traitement, médicamenteux ou non, n’est
pas un échec mais une prise en main ;
en cas de crise aiguë, appeler le 3114, numéro
national de prévention du suicide ouvert 24 h/24 et 7 j/7 depuis le
1er octobre 2021, ou les autres lignes recensées par Santé publique
France sur une page mise à jour le 22 juin 2026.
Source:
www.topsante.com




