Cela fait des mois que Dassault Aviation réclame un changement dans la gouvernance du projet de Système de combat aérien du futur [SCAF] afin de pouvoir être en mesure d’assurer son rôle de maître d’œuvre face aux filiales allemande et espagnole d’Airbus pour le développement d’un avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter], censé mener des missions nucléaires et apponter sur un porte-avions.
Or, fort du soutien de l’industrie aérospatiale allemande et du puissant syndicat IG Metall, Airbus n’entend pas donner satisfaction à l’industriel français n et défend un modèle de coopération inspiré par celui qui a été mis en place pour la production de l’Eurofighter EF-2000/Typhoon.
«Je ne suis pas pour qu’un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré. Il faut un chef. […] Le Rafale, on l’a fait tout seul. L’Eurofighter, ils l’ont fait à quatre» et «sur ces quatre pays, trois ont acheté des F-35. […] Est-ce que cela a contribué à l’Europe de la défense ?», a encore récemment fait valoir Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, alors qu’une médiation venait d’être lancée par Paris et Berlin afin de dépasser les différends entre les industriels impliqués dans ce projet. Et cela alors que le chancelier allemand, Friedrich Merz, avait précédemment évoqué un possible abandon du SCAF.
Justement, le 18 avril, le quotidien allemand Handelsblatt a rapporté que cette médiation de la «dernière chance», menée par Laurent Collet-Billon, Délégué général pour l’armement entre 2008 et 2017, et Frank Haun, l’ex-PDG de KNDS, avait échoué. Ce qui a été confirmé par l’agence Reuters. «Le médiateur allemand est arrivé à la conclusion que la construction d’un avion de combat commun n’était plus possible», lui aurait confié un responsable proche du dossier.
L’essentiel du SCAF était le «cloud de combat», c’est-à-dire la connectivité entre plusieurs plateformes, avec et sans équipage, le développement de deux avions de combat pourrait permettre de sortir de l’impasse . En tout cas, c’est ce que prône Airbus [et plusieurs responsables politiques allemands]. Mais la France , par la voix du président Macron, a fait savoir qu’elle n’était pas favorable à cette solution. Du moins pour le moment.
Quoi qu’il en soit, l’échec de la médiation conduite par MM. Collet-Billon et Haun n’a pas encore sonné le glas pour le SCAF… qui, peut faire penser au «Chevalier noir» du film «Monty Python : Sacré Graal»…
En effet, le 21 avril, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a annoncé aux députés de la commission de la Défense que les médiateurs avaient demandé dix jours de plus pour tenter de résoudre le différend entre Dassault Aviation et Airbus. Ils rendront donc leurs conclusions [définitives ?] le 28 avril. Ce sursis sera-t-il suffisant ?
Le même jour,lors d’un salon professionnel organisé à Hanovre, le PDG d’Airbus Defence & Space, Michael Schoellhorn, n’a pas donné le signe d’une quelconque inflexion. Bien au contraire.
«Airbus n’a pas vocation à être le simple sous-traitant d’un constructeur français», a-t-il dit. Et si un «partenariat entre égaux s’avérait impossible, alors il faudrait retirer l’avion de combat du projet SCAF et le développer séparément», a-t-il plaidé.
«Ce ne serait pas la fin du monde si trois avions de combat très différents, pilotés ou non, étaient construits en Europe. L’un d’eux serait le GCAP [Global Combat Air Programme, développé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, ndlr] presque aussi imposant qu’un bombardier, un deuxième serait un avion français embarqué, capable d’emporter une arme lourde pour la dissuasion nucléaire et un troisième serait un chasseur de supériorité aérienne européen auquel l’Allemagne participerait», a-t-il détaillé, avant de souligner que le plus important restait le «cloud de combat», afin de faire en sorte que tous ces appareils puissent communiquer entre eux.
Source:
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