Ils étaient huit, sept hommes et une femme, à avoir été jugés et condamnés en décembre 2024 lors du procès de l’assassinat de Samuel Paty par Abdoullakh Anzorov, le 16 octobre 2020. Pour les quatre d’entre eux qui avaient fait appel, le jugement est tombé en soirée, lundi 2 mars.
Si la culpabilité a été confirmée pour tous, trois des accusés ont vu leurs peines réduites, parfois dans des proportions importantes. Un verdict qui mérite explication alors que, du côté des parties civiles, c’est plutôt la satisfaction qui reste dominante.
Brahim Chnina (54 ans), le parent d’élève qui, le premier, avait diffusé des vidéos accusant Samuel Paty de discrimination, et Abdelhakim Sefrioui (66 ans), le prédicateur salafiste qui avait orchestré la campagne de haine contre l’enseignant, ont tous deux vu leur incrimination pour « association de malfaiteurs terroriste » confirmée.
Des peines plus légères, sauf pour le militant salafiste Sefrioui
Mais tandis que la peine du second à 15 ans de réclusion a été maintenue par la cour d’appel, le premier a vu la sienne abaissée à 10 ans – au lieu de 13 en première instance. Sefrioui paie là, sans doute, sa persistance dans le déni de ses responsabilités, mais aussi l’attitude outrancière et provocatrice de l’un de ses défenseurs, Francis Vuillemin, qui a repris l’accusation de discrimination à l’encontre du professeur d’histoire-géographie assassiné – quand bien même elle a été clairement démentie au cours des deux procès.
Le militant salafiste a annoncé peu après le verdict, par la voix de son autre avocat, Vincent Brengarth, son intention de se pourvoir en cassation. Franck Berton, conseil de Brahim Chnina, a de son côté indiqué que son client « accepte la peine prononcée ».
Pour ce qui concerne Naïm Boudaoud (24 ans) et Azim Epsirkhanov (25 ans), les deux amis de l’assassin Abdoullakh Anzorov qui lui avaient apporté un soutien logistique, la cour d’appel a livré un verdict très différent. Si elle a bien confirmé leur culpabilité pour « association de malfaiteurs », elle a en revanche abandonné le « caractère terroriste » de celle-ci – qui leur avait valu en première instance d’être condamnés chacun à 16 années de prison.
Cette peine dépassant celles prévues par la loi pour association de malfaiteurs, ils ont vu le verdict ramené à 7 ans pour Epsirkhanov et 6 ans pour Boudaoud. Ce qui pourrait amener à leur libération à court ou moyen terme.
Ceux qui ont voulu « transformer un homme en cible » ont été sanctionnés
Thibault de Montbrial, l’avocat de Mickaëlle Paty, l’une des sœurs de l’enseignant, a vu dans l’ensemble du verdict « une décision contrastée », tout en soulignant que « la sanction criminelle de la fatwa numérique », lancée par Chnina et Sefrioui à l’encontre de Samuel Paty, « est maintenue ».
Pour lui, il s’agit là d’un « pas historique pour la justice française ». Le verdict est « plutôt bien accueilli » par les parents et l’autre sœur, Gaëlle Paty, a indiqué leur conseil, Virginie Le Roy, considérant elle aussi qu’il « marquera l’histoire judiciaire s’agissant des professeurs et de ce qu’on peut lancer sur les réseaux sociaux ». Me Francis Szpiner, qui représentait l’ancienne compagne et le fils de Samuel Paty, a estimé que le fait de « transformer un homme en cible » a été sanctionné, tout comme l’ont été « ceux qui ont voulu salir la mémoire de Samuel Paty en l’accusant de discrimination et d’islamophobie ».
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