Tiré à quatre épingles, le sourire conquérant, Jean-Marie Le Pen fait son entrée sur la pelouse du stade Vélodrome. Une clameur sourde monte des tribunes, jaillie des 18 000 bouches qui hurlent son nom à perdre haleine, avec la même exaltation rageuse qu’ils mettaient quelques instants plus tôt à reprendre en chœur l’hymne à l’Algérie française. Nous sommes le 17 avril 1988, à une semaine de la présidentielle. « Ce sont les pays faibles qui sont la cible de tous les prédateurs du monde », démarre Le Pen sous les vivats, avant une longue tirade haineuse contre l’immigration. « Quand on n’est pas capable de défendre son identité, ce sont les autres qui viennent vous l’imposer par la force, parfois avec des fusils, parfois avec des babouches, poursuit-il. (…) La France ne sera jamais une république islamique ! »
Trente-huit ans plus tard, Jean-Claude Coutausse et Fathi Bouaroua ont gardé en mémoire cette scène hallucinante. Photoreporter, le premier l’a couverte de l’intérieur.« Le pari de remplir le Vélodrome (48 000 places à l’époque – NDLR), c’était du bluff, recadre-t-il. En réalité les deux virages étaient vides, recouverts de drapeaux. Mais la ferveur était réelle. » Le second, lui, a déboulé avec plus de 2 000 militants antifascistes.« Nous n’avons jamais pu rentrer, bloqués par un barrage policier, se souvient-il. À l’époque, la police “les” protégeait bien ! »
« Marseille, on veut en faire une prise de guerre »
À la présidentielle de 1988, Le Pen arrivera finalement en tête dans la ville, avec plus de 28 % des voix, devant François Mitterrand. Depuis les années 1980, les leaders de l’extrême droite sont persuadés de…
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