Une plainte déposée par l’Action pour les droits de l’homme du Monténégro, motivée par la fuite de conclusions préliminaires liées au comité anti-torture du Conseil de l’Europe, a remis l’hôpital psychiatrique spécial de Dobrota sous surveillance. Au-delà de la dénonciation de conditions prétendument dégradantes, la controverse aiguise un argument européen plus large : selon lequel la prévention des abus dans les milieux psychiatriques fermés nécessite un passage, fondé sur les droits, de l’institutionnalisation au profit du soutien communautaire, des services dirigés par les pairs et des garanties indépendantes.
Une plainte d’ONG et l’ombre d’un organisme de surveillance européen
Sur 28 janvier 2026le chien de garde monténégrin Action pour les droits de l’homme (HRA) a déposé une plainte publique après ce qu’il a décrit comme une fuite conclusions préliminaires de la Comité européen pour la prévention de la torture (CPT)un organisme du Conseil de l’Europe qui inspecte les lieux où des personnes sont privées de liberté.
HRA a déclaré que les documents divulgués, rapportés par le journal Vijesti— a soulevé de sérieuses inquiétudes quant aux problèmes de longue date dans les institutions fermées, notamment Hôpital psychiatrique spécial de Dobrota. L’exigence centrale de l’organisme de surveillance est la transparence : publier la documentation pertinente du CPT et définir des mesures claires et publiques pour prévenir les abus et protéger les droits des patients.
Ce qui est allégué
Les informations actuellement dans le domaine public mettent en évidence un modèle de risque familier dans les environnements fermés : surpeuplement, mauvaises conditions de vieet le risque de négligence et de traitement dégradant lorsque la surveillance est faible et que les personnes ont une capacité limitée à porter plainte en toute sécurité. Vijesti a cité la direction de Dobrota contestant certaines parties du tableau, tout en reconnaissant les pressions opérationnelles et en faisant référence à une solution « d’hôpital judiciaire » – une approche qui, selon les critiques, peut renforcer le recours aux voies institutionnelles plutôt que de les réduire.
Le rapport complet du CPT n’ayant pas été officiellement publié sur cette affaire, le débat public repose sur des rapports partiels et des déclarations de la société civile. Pourtant, le message de la HRA est sans ambiguïté : lorsque des préoccupations crédibles surgissent dans un établissement psychiatrique fermé, le secret fait lui-même partie du problème et un examen indépendant devient urgent.
Pourquoi les défenseurs des droits affirment que « la réforme à l’intérieur » ne suffit pas
Partout en Europe, les allégations d’abus dans les établissements psychiatriques et médico-légaux soulèvent à plusieurs reprises la même question : les établissements fermés peuvent-ils un jour être rendus de manière fiable et sûre pour ceux qui s’y trouvent, ou génèrent-ils structurellement des risques ? Les défenseurs des droits des personnes handicapées soulignent de plus en plus Comité des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées (Comité CDPH) Observation générale n° 5 sur l’article 19 (« vivre de manière indépendante et être inclus dans la communauté »), qui met l’accent sur le choix, l’autonomie et l’accès au soutien de la communauté comme conditions préalables à l’exercice de tous les droits.
Dans ses lignes directrices 2022 sur la désinstitutionnalisation, y compris dans les situations d’urgencele Comité CDPH définit comment les États devraient planifier et mettre en œuvre une transition loin des institutions, en créant des soutiens communautaires et en empêchant de nouvelles formes de ségrégation de remplacer les anciennes. Pour de nombreux groupes de défense des droits, la controverse de Dobrota ne concerne donc pas uniquement les conditions de vie dans un hôpital ; il s’agit de savoir si les gouvernements sont disposés à réduire et, à terme, à mettre fin à la dépendance à l’égard de modèles institutionnels qui placent les populations dans une vulnérabilité accrue.
La responsabilité d’abord : à quoi ressemblerait la transparence
La position de la HRA est que la crédibilité nécessite la publication et le suivi. Cela signifie, au minimum, autoriser la divulgation des conclusions pertinentes du CPT (une fois finalisées), répondre publiquement à toute lacune identifiée et permettre à des mécanismes de suivi indépendants d’évaluer la situation sur le terrain. Lorsque les allégations indiquent une possible conduite criminelle, les groupes de défense des droits soutiennent que la réponse doit inclure une enquête indépendante et, si cela est justifié, des poursuites – car les « leçons apprises » administratives à elles seules dissuadent rarement la répétition des préjudices.
Un débat européen plus large sur la coercition et les garanties
L’affaire Dobrota survient au milieu d’un débat qui s’intensifie à l’échelle européenne sur la coercition, les garanties et les alternatives. Les réseaux de défense ont souligné la résistance institutionnelle croissante aux approches qu’ils considèrent comme incompatibles avec l’orientation de la CDPH, y compris les propositions qui pourraient normaliser les cadres coercitifs plutôt que de les réduire. Dans ce paysage plus vaste, reportage précédent sur The European Times a suivi la manière dont les défis juridiques et les changements politiques remodèlent les arguments sur le traitement forcé et la protection des droits.
Que regarder ensuite
Trois développements détermineront si cette plainte conduit à une protection significative contre les abus.
- Transparence: si le Monténégro autorise la publication du rapport complet du CPT et répond publiquement et en détail à toute conclusion.
- Responsabilité indépendante : si les allégations crédibles font l’objet d’enquêtes menées par des organismes institutionnellement indépendants de l’établissement et des autorités sanitaires.
- Transition alignée sur la CDPH : si les autorités adoptent un plan mesurable pour réduire le recours aux institutions psychiatriques fermées en déplaçant le soutien vers services communautaires, bénévoles et axés sur les droits de l’hommey compris soutiens dirigés par les pairsun plaidoyer indépendant et des protections qui empêchent la coercition et la ségrégation.
Jusqu’à ce que la documentation complète soit publiée, la conclusion responsable est nécessairement prudente. Mais les enjeux ne le sont pas : les institutions fermées concentrent la vulnérabilité. Si l’objectif est de prévenir les abus – et pas seulement de réagir après qu’un préjudice se soit produit – alors la transparence, des garanties indépendantes et une voie crédible pour s’éloigner de l’institutionnalisation sont les mesures qui, selon les défenseurs des droits, comptent le plus.
Source:
europeantimes.news




