La promesse de quelques dizaines de milliers d’euros n’aura été qu’un mirage. Ne reste que les retombées d’une affaire symbole de l’utilisation d’adolescents isolés par le crime organisé.
A l’issue de trois jours de procès à huis clos au tribunal pour enfants de Paris et de quatre heures de délibéré, un mineur âgé de 15 ans a été déclaré coupable d’« homicide volontaire en bande organisée », pour avoir abattu Nessim Ramdane, un chauffeur de VTC, à Marseille, en octobre 2024. Il a été condamné, jeudi 12 février, à dix-sept ans de réclusion criminelle.
Il s’agit du premier procès emblématique de tueurs à gages mineurs recrutés sur Internet par le gang marseillais DZ Mafia, dans le cadre de sa guerre avec un groupe criminel basé dans le quartier Félix-Pyat (IIIe arrondissement de la cité phocéenne). L’adolescent, originaire du Vaucluse, placé en foyer dès ses neuf ans, tandis que ses parents ont été envoyés en prison pour des affaires liées aux stupéfiants, était âgé de 14 ans au moment des faits.
Une balle dans le crâne
Recruté sur Snapchat, il devait venger un autre sous-fifre mineur – âgé de 15 ans -, poignardé une cinquantaine de fois et brûlé vif, lors d’une opération ayant échoué. Rejoint, le 4 octobre 2024, par un second adolescent, le mineur a commandé un VTC pour quadriller le quartier de Félix-Pyat. Les deux recrues, attirées par la promesse de recevoir plusieurs dizaines de milliers d’euros en récompense, étaient à la recherche de leur cible.
C’est ainsi qu’ils auraient demandé à leur chauffeur, Nessim Ramdane, âgé de 36 ans, de les déposer et de les attendre. Ce dernier aurait refusé. En réaction, le mineur accusé lui aurait tiré une balle dans le crâne – il a, par la suite, affirmé aux policiers que son tir était accidentel.
« J’attends l’audience avec une boule au ventre, car j’ai besoin de voir ce mineur qui a ôté la vie à Nessim, non pas par haine, mais pour lui dire le mal irréparable qu’il a causé à mes enfants, déclarait, avant le lancement du procès, Mélanie Giacomi, veuve de Nessim Ramdane, auprès de l’Agence France-Presse (AFP). J’ai besoin qu’il entende que son acte a plongé une famille entière dans l’horreur et que des enfants devront vivre chaque jour avec l’absence cruelle de leur père. »
Après avoir tiré, le tueur présumé et son complice ont immédiatement quitté le véhicule. Nessim Ramdane a été retrouvé mort au volant de sa voiture, encastrée dans le mur d’une école maternelle. Les deux adolescents ont finalement été dénoncés par le commanditaire du meurtre, un membre de la DZ Mafia détenu en prison. Ce dernier a indiqué aux autorités la cachette du jeune tireur, qui était entré en contact avec lui pour trouver une porte de sortie.
Pour la première fois dans un procès, les réquisitions ont été prises par le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), entré en activité début janvier et basé dans la capitale. Ayant moins de 16 ans au moment des faits, « l’excuse de minorité » ne peut être écartée par les juges. L’adolescent encourait ainsi jusqu’à vingt ans de prison, contre la perpétuité s’il avait été majeur.
« En finir avec l’excuse de minorité »
Les partisans de la suppression de cette disposition – protégée par la Constitution – n’ont pas attendu le verdict pour instrumentaliser l’affaire et prêcher pour en finir avec une justice des mineurs déjà mise à mal. Interrogé, dans la matinée du lundi 9 février, sur le plateau de BFMTV, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a ainsi estimé que « l’excuse de minorité pose question » et « envisage » de s’y attaquer.
Le Figaro y a consacré, de son côté, une grande place dans son édition du 10 février, estimant que « le politique se heurte à la réalité de la justice ». Une manière de raviver la tentative de l’ex-premier ministre Gabriel Attal de pousser un texte répressif, pensé pour « en finir avec l’excuse de minorité ».
Passé par l’Assemblée nationale en février 2025, ce texte avait été soutenu par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, l’ancien locataire de la place Beauvau, Bruno Retailleau, ainsi que par l’extrême droite. Un texte dont des dispositions auraient été « cruellement censurées », selon le Figaro, par le Conseil constitutionnel. En réalité, il est le symbole d’un bond en arrière dans le traitement par la justice des mineurs en rupture avec la logique de protection de l’ordonnance de 1945, rappelait dans nos colonnes Manon Lefebvre, secrétaire national du Syndicat de la magistrature.
Quelque 500 personnes ont assisté aux obsèques de Nessim Ramdane, père de trois enfants, figure du football local, qui empilait deux emplois pour nourrir sa famille. L’avocate de la partie civile, Anne Santana-Marc, espérait que l’audience puisse permettre à l’adolescent de montrer « une étincelle d’empathie ». Ce qui est sûr, c’est que sa jeunesse, comme la vie de Nessim Ramdane, ont été broyées par une guerre criminelle dont ils n’auront été que deux pions parmi tant d’autres.
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Source:
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