Par Lahcen Isaac Hammouch
À Bruxelles, début janvier 2026, Erica Lippert , travailleuse culturelle et bénévole, se retrouve progressivement mise à l’écart puis exclue, non pour des propos haineux ou discriminatoires, mais pour avoir refusé d’adhérer à un discours devenu obligatoire. Son témoignage, transmis à la rédaction de Belgium Times sous forme de texte écrit, met en lumière une dérive préoccupante : la transformation de certains espaces culturels et associatifs en lieux de contrôle idéologique, où la liberté d’expression n’est plus un droit fondamental mais une tolérance conditionnelle.
Dans ce document, Erica Lippert décrit un climat de plus en plus rigide au sein du monde culturel belge, pourtant censé encourager l’ouverture, la pluralité et la confrontation des idées. Elle y observe l’installation progressive d’un dogme implicite autour de certaines causes internationales, devenues si sacralisées qu’il n’est plus possible ni d’en discuter, ni d’en questionner les simplifications. Toute tentative de nuance, toute reconnaissance simultanée de l’humanité de plusieurs camps, est immédiatement perçue comme suspecte, voire moralement fautive.
Ce refus de se conformer à un récit manichéen lui vaut d’abord des insultes et du harcèlement en ligne. Lorsqu’elle signale ces cyberviolences à l’organisation avec laquelle elle collabore bénévolement, la réponse ne vise pas à la protéger. L’organisme choisit au contraire de l’exclure, tout en conservant les auteurs des attaques. Le critère implicite semble clair : les agresseurs utilisent les bons slogans, appartiennent à un groupe perçu comme légitime dans le rapport de force militant et s’inscrivent dans une cause considérée comme moralement intouchable. Elle, en revanche, dérange par sa parole indépendante.
Erica Lippert décrit alors l’émergence d’un véritable tribunal symbolique, sans procédure contradictoire, où la sanction tombe mécaniquement : l’exclusion, le discrédit, l’effacement social. Une forme de « mort sociale » qui rappelle les mécanismes contemporains du cancel culture, mais appliquée ici dans des structures parfois subventionnées par l’État. La faute reprochée n’est jamais clairement définie ; elle est idéologique. Il s’agit d’une « non-conformité discursive ».
La question de l’antisémitisme est abordée avec prudence dans son témoignage. Le texte ne formule pas d’accusation directe, mais décrit un climat où toute parole refusant de déshumaniser un camp pour en valoriser un autre devient immédiatement suspecte. Dans ce contexte, des personnes peuvent être visées non pour leurs propos réels, mais pour une identité supposée, une loyauté projetée ou une pensée jugée incompatible avec la ligne dominante. Sans toujours relever explicitement de l’antisémitisme, ce climat crée néanmoins un terrain propice à des formes nouvelles de stigmatisation, plus diffuses et plus difficiles à nommer.
Son récit interroge également le rôle de certaines institutions censées lutter contre les discriminations. Selon Erica Lippert, les faits de harcèlement qu’elle a signalés n’ont pas fait l’objet d’enquêtes approfondies. La « cause » défendue par les agresseurs aurait pris le pas sur l’analyse des faits, instaurant un double standard préoccupant : certains comportements sont tolérés ou relativisés, d’autres immédiatement sanctionnés, non en fonction de leur gravité mais de leur conformité idéologique.
Le témoignage complet de Erica Lippert, intitulé Renoncez à vous soumettre et l’on vous jugera, a été transmis à la rédaction de Belgium Times et est consultable dans son intégralité via le document PDF communiqué à notre rédaction
Le témoignage complet de Erica Lippert est consultable en PDF ici:
Au-delà de son cas personnel, ce texte pose une question centrale pour la démocratie belge : que reste-t-il de la liberté d’expression lorsque la culture, au lieu de protéger le débat, impose une orthodoxie morale ? Peut-on encore parler de lutte contre les discriminations lorsque l’exclusion devient un outil légitime dès lors qu’elle vise une parole dissidente ?
En refusant de se soumettre, Erica Lippert a perdu sa place dans une structure culturelle. Mais son témoignage éclaire un malaise plus large et invite à une réflexion essentielle : la démocratie ne se mesure pas à la pureté proclamée des causes défendues, mais à la capacité d’une société à accepter la complexité, la nuance et le désaccord sans transformer la dissidence en faute.







