Alors que la guerre dans la bande de Gaza a dévasté le territoire et provoqué une crise humanitaire sans précédent, l’administration américaine a discrètement dévoilé un projet qui suscite autant de fascination que de vives critiques : le plan « GREAT Trust » (Gaza Reconstitution, Economic Acceleration & Transformation Trust). Ce document, révélé fin août par le Washington Post et confirmé par Reuters, détaille une vision radicale de l’avenir de Gaza sous administration américaine directe pendant au moins dix ans.
Le cœur du plan est la transformation de Gaza en une zone économique et touristique futuriste. Dans les projections, la bande côtière deviendrait une « Riviera du Moyen-Orient », avec des infrastructures modernes, des quartiers industriels high-tech et même des villes intelligentes où les habitants accéderaient à des logements grâce à des jetons numériques. Des zones manufacturières porteraient le nom de personnalités mondiales comme Elon Musk, tandis que des routes pourraient être baptisées d’après des dirigeants du Golfe. L’idée est de financer ce projet par un mélange d’investissements privés et publics, mais sans dépenses directes du gouvernement fédéral américain. Selon le document, l’investissement pourrait être rentabilisé et même quadruplé, un argument destiné à séduire les investisseurs étrangers, en particulier d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.
Le volet le plus polémique du plan concerne la relocation de l’ensemble de la population gazaouie – plus de 2 millions de personnes. Présentée comme « volontaire », elle s’accompagnerait de compensations financières : 5 000 dollars par personne, quatre ans de loyer payé et une année de nourriture. Les propriétaires de terrains recevraient en plus des droits d’accès aux futurs logements dans les smart cities. Des zones de transit humanitaire seraient aménagées, soit dans la région, soit à l’étranger, afin d’accueillir les déplacés avant leur éventuelle installation définitive. Cette proposition est immédiatement apparue comme l’aspect le plus explosif du projet.
Pendant au moins une décennie, Gaza serait placée sous administration américaine, déléguée à des contractants privés occidentaux et des gestionnaires de pays tiers. Ce n’est qu’à terme, une fois jugé « prêt », qu’un gouvernement palestinien « réformé » pourrait reprendre les rênes.
La révélation du plan a provoqué une vague de réactions négatives. Pour de nombreux juristes et ONG, il s’agit d’un projet illégal au regard du droit international et potentiellement assimilable à un nettoyage ethnique. Le quotidien suédois Svenska Dagbladet a titré sur un « crime international d’une ampleur incalculable ». L’Union européenne, déjà critique sur la conduite de la guerre, a rejeté toute idée de transfert massif de population, jugé contraire aux conventions de Genève. Plusieurs pays arabes, dont la Jordanie et l’Égypte, ont exprimé leur refus catégorique d’accueillir des déplacés gazaouis, rappelant que la question des réfugiés palestiniens est au cœur du conflit depuis 1948. Même aux États-Unis, des diplomates et experts, dont l’ancien haut fonctionnaire Josh Paul (Democracy Now), ont dénoncé un projet irréaliste, dangereux et moralement indéfendable.
En théorie, la transformation de Gaza en hub économique et technologique pourrait séduire une partie de la communauté internationale, soucieuse de stabiliser durablement la région. Mais la dimension coercitive du déplacement massif de population rend le plan hautement explosif sur le plan politique, juridique et humanitaire. À ce stade, le plan GREAT Trust n’est pas encore officiellement adopté, mais il illustre la volonté de Washington de façonner l’après-guerre à Gaza selon une logique qui mêle sécurité, rentabilité et ingénierie sociale – au risque de franchir les lignes rouges du droit international.




