Avec sa beauté naturelle, sa faune et sa culture, le Sri Lanka est connu comme la « perle de l’océan Indien » et attire des millions de touristes chaque année.
Mais mes recherches suggèrent que le pays pourrait ne plus être aussi dépendant du tourisme à l’avenir, car il semble devenir un acteur majeur du commerce maritime mondial. Les nombreux ports de l’île et sa situation enviable le long des routes maritimes internationales ont conduit à des investissements majeurs de la part de la Chine et des États-Unis, qui cherchent à étendre leur influence stratégique dans la région.
Cet investissement est bien accueilli après des années de troubles économiques et politiques au Sri Lanka.
Les attentats de Pâques 2019 ont visé des églises et des hôtels catholiques, tuant 269 personnes et dévastant le tourisme. La même année, d’importantes réductions d’impôts ont réduit les recettes publiques avant que la COVID ne cause de graves dommages à l’économie.
En 2021, l’interdiction des engrais chimiques a conduit à un échec agricole à l’échelle nationale, tandis que les emprunts excessifs et la planche à billets ont déclenché une inflation galopante, qui a culminé à 70 % en août 2022. Le pays n’a finalement pas pu payer ses dettes extérieures.
Après d’énormes manifestations en 2022 et la démission du président, le Sri Lanka a entamé un changement politique et économique majeur. Il a obtenu un plan de sauvetage du Fonds monétaire international et a mis en œuvre des réformes visant à stabiliser l’économie.
Jusqu’à présent, certains effets ont été positifs. L’inflation s’est atténuée, la confiance des investisseurs s’est améliorée et davantage de thé, de vêtements et de produits en caoutchouc sont exportés.
La clé de ce succès a été l’amélioration des infrastructures logistiques et portuaires. Les affaires au port de Colombo, le plus grand du pays, sont en plein essor, aidées en partie par les perturbations mondiales du transport maritime, notamment la crise de la mer Rouge, qui a détourné les navires vers l’océan Indien.
Mais les ambitions maritimes internationales peuvent être une affaire complexe, et le Sri Lanka doit se garder de devenir simplement une marchandise bien positionnée pour les superpuissances économiques mondiales.
La Chine, par exemple, a obtenu un bail controversé de 99 ans pour le port de Hambantota. L’Inde, se méfiant de l’empiétement chinois, a augmenté ses propres investissements, notamment dans le développement d’un terminal à conteneurs à Colombo.
En 2023, les États-Unis ont annoncé un plan de 500 millions de dollars américains (372 millions de livres sterling) pour développer un terminal à conteneurs en eau profonde dans le port de Colombo. Et les droits de douane américains potentiels de 30 % sur les importations en provenance du Sri Lanka ont été interprétés par certains comme une tactique de pression pour obtenir un meilleur accès à ses eaux.
Équilibrer ces intérêts est un acte délicat. Même si les investissements étrangers sont essentiels au développement des infrastructures, le Sri Lanka doit protéger sa souveraineté et garantir que les opérations portuaires servent les intérêts nationaux, et pas seulement internationaux.
Mes recherches suggèrent qu’une façon de bâtir une économie sri-lankaise résiliente et diversifiée serait de se concentrer sur les eaux environnantes. La vaste « zone économique exclusive » du Sri Lanka, une zone maritime où le Sri Lanka contrôle les ressources marines, recèle un énorme potentiel inexploité.
Économie bleue
Ce potentiel réside dans les secteurs traditionnels comme la pêche et le tourisme, mais aussi dans les industries émergentes comme la biotechnologie marine.
Ce domaine en pleine croissance offre des opportunités dans des domaines tels que la bio-ingénierie et les produits pharmaceutiques marins. Alors que d’autres pays progressent rapidement dans ces secteurs, le Sri Lanka est bien placé pour emboîter le pas et devenir un leader régional de l’économie bleue (activités économiques associées à l’utilisation durable des ressources océaniques).

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Mais il reste encore à gérer un réseau complexe d’intérêts géopolitiques et de pressions économiques, ainsi que de défis environnementaux.
Par exemple, le gouvernement sri-lankais envisage actuellement de faire du port naturel profond de Trincomalee un centre majeur de réparation et de ravitaillement maritime entre Dubaï et Singapour. D’autres projets proposés incluent des parcs éoliens offshore et des installations de plate-forme pétrolière.
Le pays doit également rivaliser avec des pays comme la Malaisie, qui investit massivement dans des opérations portuaires basées sur l’IA. Pour rester compétitif, le Sri Lanka doit moderniser ses infrastructures et rationaliser ses processus.
Et malgré les progrès, des défis persistent. La pauvreté au Sri Lanka a doublé depuis 2021, tandis que le chômage des jeunes reste élevé.
Le Sri Lanka est confronté à des menaces maritimes croissantes telles que la piraterie et la pêche illégale, qui nécessitent une surveillance maritime renforcée. Dans le même temps, l’expansion du port risque de nuire aux écosystèmes marins. Les technologies vertes et des réglementations environnementales plus strictes sont essentielles pour la sécurité et la durabilité à long terme.
L’emplacement stratégique et le patrimoine maritime du Sri Lanka constituent une base pour le renouveau économique. Avec une gouvernance avisée, une durabilité et une géopolitique équilibrée, ses ports pourraient redevenir des passerelles vitales vers la prospérité régionale et le commerce mondial.





