Alors que les salons industriels internationaux célèbrent le royaume comme une plaque tournante énergétique pour l’Europe, un examen des données met en évidence l’écart entre la capacité installée et le mix électrique réel.
Rimini – Lors de la récente « KEY – Energy Transition Expo » à Rimini, en Italie (4 au 6 mars 2026), un accord s’est dégagé sur le rôle du Maroc. Alessandra Astolfi, directrice du Groupe italien des expositions (IEG), a qualifié le pays de « partenaire stratégique » de l’industrie européenne dans une interview à l’agence MAP. Selon Astolfi, les stratégies ambitieuses du Royaume et le développement des compétences industrielles dans le domaine des énergies renouvelables sont cruciaux pour les plans de décarbonation de la région méditerranéenne. Mais derrière les façades brillantes des espaces d’exposition de Rimini et de Vicence se cache un processus de transformation qui se heurte encore à d’importants obstacles.
L’écart entre l’objectif et le mix énergétique actuel
Le Maroc s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre 52 % de capacité installée issue de sources renouvelables d’ici 2030. Cependant, une distinction précise entre capacité et production réelle d’électricité est nécessaire. Alors que la capacité installée ne cesse de croître, la charge de base de l’approvisionnement énergétique du Maroc continue d’être largement assurée par les combustibles fossiles.
La dépendance à l’égard des importations de charbon reste un point sensible. La grande centrale électrique de Safi illustre ce contraste : alors que le Maroc est salué dans le monde entier pour ses parcs solaires comme « Noor », la stabilité industrielle repose toujours sur le charbon. A titre de comparaison : en Allemagne, en 2023, plus de 50 % de l’électricité consommée provenait de sources renouvelables – une valeur que le Maroc n’atteint pas encore en termes de rachat réel, car la part des énergies renouvelables dans le mix électrique actuel oscille en réalité entre 20 % et 25 %.
Le Maroc est pionnier en comparaison continentale
Le royaume est souvent présenté comme le seul leader de l’Afrique. L’analyse basée sur les données corrige cette image. Des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie ont des niveaux d’énergie renouvelable nettement plus élevés dans leur mix énergétique. Le Rwanda utilise ses caractéristiques géographiques pour l’hydroélectricité et l’extraction du méthane du lac Kivu, ce qui signifie que le pays couvre parfois plus de 80 % de ses besoins en électricité à partir de sources renouvelables. En fait, l’Éthiopie produit près de 90 % de son électricité à partir de l’hydroélectricité.
Le fait que le Maroc soit toujours au centre des stratégies européennes est moins dû au pourcentage actuel de quota d’électricité verte qu’à son évolutivité. La stabilité politique du pays et sa proximité avec l’Europe en font le partenaire idéal pour l’exportation d’hydrogène vert et la livraison directe d’électricité via des câbles sous-marins, qui jouent un rôle central dans le « Plan Mattei » italien et le « Africa Investment HUB » en Italie.
La coopération technologique comme lien stratégique
Malgré les différences statistiques, le Maroc reste indispensable à l’industrie européenne. La « Storage & Solar Expo Conference » (SSEC), prévue en septembre 2026 à Vicence, souligne qu’il ne s’agit plus seulement de la production d’énergie, mais aussi de son stockage et de son contrôle intelligent grâce à l’IA.
La perspective européenne est pragmatique : on ne recherche pas le pays ayant le taux d’autoconsommation le plus élevé, mais un partenaire qui a la capacité industrielle de produire de l’énergie verte pour le marché mondial. Le Maroc fournit à cet effet l’infrastructure et la sécurité juridique nécessaires, même si le chemin national vers une décarbonation complète est encore loin.
Maroc – Le programme « Noor Atlas » vise à initier la prochaine phase de la stratégie solaire
Source:
maghreb-post.de



