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La guerre silencieuse de Khartoum : la réimposition de restrictions religieuses sur les femmes au milieu d’un conflit civil

ACTUALITELa guerre silencieuse de Khartoum : la réimposition de restrictions religieuses sur les femmes au milieu d'un conflit civil

L’article examine la réémergence de l’influence islamiste à Khartoum pendant la guerre civile en cours au Soudan entre les forces armées soudanaises et les forces de soutien rapide. Les rapports indiquent une pression croissante sur les femmes pour qu’elles se conforment à une tenue religieuse conservatrice et à un comportement imposé par les forces de sécurité et les groupes alliés. Une telle coercition viole les protections internationales de la liberté de religion ou de conviction et les droits des femmes en vertu de traités comme le PIDCP et la CEDAW. Cette tendance signale un changement idéologique plus large, dans lequel l’application de la religion devient un outil de contrôle social dans un contexte de fragilité de l’État.

Bruxelles – Tandis que les tirs d’artillerie entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) captent l’attention du monde entier, un conflit systémique plus discret remodèle la vie quotidienne des habitants de Khartoum. Selon une enquête récente publiée par Mediapart intitulé « A Khartoum, les femmes sont victimes du retour des islamistes » on assiste à une résurgence croissante de l’influence islamiste dans la capitale. Le rapport détaille le harcèlement et la coercition ciblés à l’encontre des femmes, une évolution qui signale une régression inquiétante des droits humains, notamment en ce qui concerne la liberté de religion ou de conviction et l’autonomie corporelle des femmes dans un État fracturé.

La documentation de ces événements met en lumière le phénomène décrit comme le « retour des islamistes ». Alors que le gouvernement central cherche à consolider son soutien contre les paramilitaires RSF, il semble réintégrer des éléments de l’appareil idéologique de l’ancien régime. Ce changement n’est pas seulement politique mais profondément social, se manifestant par l’application de codes moraux qui avaient été remis en question pendant la période de transition qui a suivi la révolution de 2019. Pour les femmes de Khartoum, cela se traduit par une atmosphère renouvelée de surveillance et d’intimidation, où l’espace public est de plus en plus réglementé par des interprétations religieuses strictes.

Les témoignages oculaires recueillis dans la ville suggèrent que les femmes sont confrontées à une pression renouvelée pour adhérer à des codes vestimentaires et à des normes comportementales conservateurs. Ces mesures de répression, souvent menées par les forces de sécurité ou des milices alignées, créent un environnement de peur. Le ciblage spécifique des femmes est une tactique historiquement utilisée pour exercer un contrôle sur le tissu social. Cependant, vues à travers le prisme du droit international, ces actions constituent plus qu’une simple nuisance sociale ; ils représentent une violation des droits humains fondamentaux.

Le cadre juridique concernant la liberté de religion ou de conviction (FoRB) est explicite dans sa protection contre la coercition. Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), en particulier son article 18, la liberté de pensée, de conscience et de religion inclut la liberté « avoir ou adopter une religion ou une conviction de [one’s] choix. » Surtout, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, dans son Observation générale n° 22, précise que cette la liberté « loin d’autoriser un État à contraindre ses citoyens à adopter une croyance particulière », interdit le recours à la coercition qui porterait atteinte au droit d’avoir ou d’adopter une religion.

La situation qui se déroule actuellement à Khartoum est en contradiction directe avec ces obligations. Lorsque les autorités étatiques ou des acteurs non étatiques affiliés à l’État appliquent des codes vestimentaires religieux ou une conduite publique sous la menace de violences ou d’arrestations, ils violent le droit des femmes à manifester leurs croyances – ou leur absence. L’imposition par la force d’une interprétation religieuse spécifique aux citoyens constitue une violation flagrante du PIDCP. En outre, cette coercition recoupe les dispositions de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), qui protège la liberté d’opinion et d’expression, y compris la liberté d’avoir des opinions sans ingérence.

Du point de vue du « Foi dans les traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme » Selon cette analyse, il est évident que l’instrumentalisation de la religion par les pouvoirs étatiques pour imposer la conformité de genre est une perversion du droit au FoRB. Les traités sont conçus pour protéger l’individu de l’État, et non pour donner à l’État le pouvoir d’imposer la piété. La dynamique actuelle à Khartoum inverse cet objectif protecteur, en utilisant les mandats religieux comme outils d’oppression politique et sociale.

Cette imposition systémique du conformisme religieux invite à une analyse plus large de la manière dont ces politiques s’enracinent. Comme l’a observé Hannah Arendt, la transition d’un État administratif standard à un État axé sur l’application idéologique se produit souvent par la banalité d’individus ordinaires exécutant des ordres sans réflexion critique. L’application des lois morales à Khartoum ne nécessite pas nécessairement un grand décret ; elle s’appuie plutôt sur les actions des responsables de la sécurité et des groupes locaux qui croient rétablir l’ordre. Cette « banalité » des auteurs – policiers réguliers ou soldats faisant respecter un code vestimentaire – rend l’érosion des droits encore plus insidieuse. Ce n’est pas le chaos de l’anarchie, mais l’imposition d’un ordre spécifique et étouffant qui constitue une menace.

L’impact psychologique sur la population féminine est important. La menace d’une punition en cas de non-respect des préceptes religieux force les femmes dans une position d’assujettissement, les privant de leur liberté d’action. Cette dynamique est exacerbée par le conflit en cours, qui déplace l’État de droit. Dans ce vide, les idéologies extrémistes comblent le vide et l’application de restrictions religieuses devient une méthode d’affirmation du pouvoir sur une population civile vulnérable.

De plus, ces actions doivent être analysées à travers la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Même si le Soudan émet des réserves sur certains articles, le principe fondamental de non-discrimination et le droit de ne pas subir de contrainte restent une référence en matière de décence internationale. Le fait de cibler spécifiquement les femmes pour faire respecter la religion est une forme de discrimination fondée sur le sexe qui ne peut être justifiée par un relativisme culturel ou religieux. Comme l’ont noté divers rapports du rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction, le droit de manifester sa religion n’inclut pas le droit d’imposer ces manifestations à autrui.

Le « retour » La présence de ces éléments islamistes soulève également des questions sur l’avenir de l’État soudanais. Si les dirigeants militaires considèrent l’apaisement des partisans de la ligne dure religieuse comme une stratégie de guerre nécessaire, les conséquences à long terme sur les libertés civiles sont désastreuses. La normalisation de la police religieuse crée un précédent qui sera difficile à démanteler une fois que les armes se seront tues. Cela risque d’institutionnaliser une forme de gouvernance qui considère le corps féminin non pas comme une possession de l’individu, mais comme un sujet de régulation étatique et d’orthodoxie religieuse.

Les observateurs internationaux et les organismes de défense des droits de l’homme doivent donc regarder au-delà de la crise humanitaire immédiate des déplacements et de la faim pour s’attaquer à ce changement idéologique rampant. La défense des droits des femmes à Khartoum est inextricablement liée à la défense du FoRB. Permettre l’imposition coercitive de la religion aux femmes, c’est permettre la négation de leur personnalité et de leur statut juridique en vertu des pactes internationaux.

Les rapports de Khartoum détaillant la victimisation des femmes par les factions islamistes de retour révèlent une violation critique du droit international des droits de l’homme. La contrainte des femmes à observer une religion viole le PIDCP et porte atteinte aux principes fondamentaux de la DUDH. Alors que le conflit fait rage, l’érosion de ces libertés fondamentales constitue une guerre parallèle : une guerre menée pour l’autonomie de l’individu contre l’empiétement de l’absolutisme idéologique. La communauté internationale doit reconnaître que la protection des femmes soudanaises nécessite non seulement une aide, mais aussi une défense ferme de leur droit légal de vivre sans contrainte religieuse.


Source:

europeantimes.news

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