Le plus haut diplomate de l’UE rejette la rhétorique de Washington sur « l’effacement civilisationnel », tout en insistant sur le fait que le lien transatlantique doit perdurer, même dans un contexte de frictions idéologiques plus aiguës.
Kaja Kallas, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, s’est publiquement opposée à la rhétorique américaine décrivant l’Europe comme étant en déclin ou « effaçant » sa civilisation. S’exprimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, elle a défendu le modèle démocratique européen et l’agenda des droits de l’homme, tout en reconnaissant que Washington et Bruxelles continueront à être en désaccord sur des questions telles que la migration, la politique climatique et le commerce. Cet échange souligne une lutte croissante au sein de l’alliance : comment maintenir intacte la coopération en matière de sécurité alors que les discours politiques divergent.
Chef de la politique étrangère de l’Union européenne Kaja Kallas a rejeté ce qu’elle a décrit comme un « dénigrement de l’Europe » de la part des États-Unis, après que de hauts responsables américains ont relancé le récit d’une Europe « réveillée » en déclin culturel et stratégique. Les commentaires, soulignés dans un rapport de Euractivest intervenu alors que les dirigeants transatlantiques se sont réunis à la mi-février pour le Conférence de Munich sur la sécuritéun cadre de plus en plus utilisé non seulement pour coordonner la politique de défense, mais aussi pour contester les idées concurrentes sur l’Occident lui-même.
« Ne pas faire face à un effacement civilisationnel »
Selon La Presse AssociéeKallas a rejeté l’idée selon laquelle l’Europe glisse vers un « effacement civilisationnel », une expression qui a circulé dans les récents messages politiques américains. « Contrairement à ce que certains pourraient dire, l’Europe réveillée et décadente n’est pas confrontée à un effacement civilisationnel », a-t-elle déclaré à Munich, décrivant l’Europe comme un endroit auquel les gens aspirent toujours à rejoindre – économiquement, politiquement et socialement.
Sa réaction visait un argument plus large qui a gagné du terrain à Washington : selon lequel les institutions européennes ont affaibli la liberté d’expression, encouragé une migration incontrôlée et perdu confiance dans leur propre identité nationale. Dans cette perspective, ce sont les choix internes de l’Europe – et non l’agression de la Russie ou l’influence croissante de la Chine – qui constituent la menace centrale pour la cohésion occidentale.
Le document stratégique derrière le conflit
Les remarques de Kallas ont également souligné le langage trouvé dans le document du gouvernement américain Stratégie de sécurité nationalepublié en décembre 2025, qui prévient que les défis de l’Europe pourraient devenir existentiels si les tendances actuelles se poursuivent. Reuters avait rapporté à l’époque que le document critiquait l’UE sur des questions allant de la migration aux libertés politiques et appelait l’Europe à restaurer « la confiance en soi civilisationnelle ». (Reuters)
Des analystes indépendants ont décrit le document comme une rupture rhétorique radicale avec les stratégies américaines antérieures, l’interprétant comme une tentative de redéfinir la solidarité de l’alliance autour d’un alignement culturel et idéologique, plutôt que principalement autour de menaces de sécurité communes.
Le ton plus doux de Rubio, les mêmes lignes de faille
La toile de fond immédiate à Munich était un discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a adopté un ton plus conciliant que le message conflictuel de l’année dernière, tout en continuant de faire pression sur l’Europe sur la migration, la politique climatique et la forme de l’alliance. Reuters a cité Rubio décrivant les États-Unis comme « un enfant de l’Europe », tout en précisant que Washington avait l’intention de remodeler la coopération en fonction de ses propres priorités. (Reuters)
Les dirigeants européens, pour leur part, ont indiqué qu’ils n’abandonneraient pas leurs engagements démocratiques fondamentaux – le pluralisme, les droits de l’homme et la gouvernance fondée sur des règles – au nom du confort diplomatique. Le Premier ministre britannique Keir Starmer, cité par AP, a affirmé que les « sociétés dynamiques, libres et diversifiées » de l’Europe sont une source de force et non de faiblesse. (PA)
Ce que cela signifie pour l’Europe
Pour Bruxelles, le risque politique est double. Premièrement, un discours décrivant l’Europe comme décadente ou illégitime peut rapidement devenir une justification pour davantage de garanties de sécurité transactionnelles. Deuxièmement, les conflits culturels peuvent évincer une coordination urgente sur l’Ukraine, la capacité industrielle de défense et la dissuasion – des domaines dans lesquels les intérêts communs sont encore profondément ancrés, même si la rhétorique ne le fait pas.
Kallas a tenté de tracer cette ligne clairement : la solidarité en matière de sécurité ne devrait pas exiger une conformité idéologique. Elle a salué l’affirmation de Rubio selon laquelle les États-Unis et l’Europe restent liés, tout en reconnaissant les désaccords persistants et en insistant sur le fait que la coopération doit être construite à partir de « là » – et non à partir de caricatures. (PA)
En termes pratiques, l’Europe réagira probablement de la même manière qu’elle l’a fait de plus en plus depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie : en accélérant sa préparation en matière de défense tout en s’efforçant de maintenir l’alliance politiquement viable. Le défi est que les dépenses de défense et la production d’armes peuvent être augmentées grâce aux budgets et aux contrats ; la confiance est plus difficile à fabriquer.
Pour plus d’informations sur la façon dont ce débat remodèle la pensée stratégique européenne, voir la couverture connexe du European Times : L’avertissement de Marco Rubio à l’Europe : naviguer dans une nouvelle ère géopolitique.
Source:
europeantimes.news



