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Les femmes membres des conseils d’administration sont-elles réfractaires au risque ou actrices de l’innovation ? C’est compliqué, selon de nouvelles recherches

Les femmes membres des conseils d’administration rendent-elles une entreprise plus innovante ou plus réfractaire au risque ? La réponse est les deux, selon notre récente étude. Tout dépend de la manière dont l’entreprise se comporte par rapport à ses objectifs.

Les professeurs Małgorzata Smulowitz, Didier Cossin et moi-même avons examiné 524 entreprises du S&P 1500 de 1999 à 2016, mesurant l’innovation à travers l’activité des brevets. Les brevets reflètent à la fois la créativité et la prise de risque. Ils nécessitent des investissements importants dans des idées novatrices qui pourraient échouer, la divulgation d’informations exclusives et des frais juridiques importants. Bref, les brevets représentent de véritables paris sur l’avenir.

Nos résultats ont révélé une tendance frappante. Lorsque les entreprises obtenaient de mauvais résultats par rapport à leurs objectifs, elles produisaient moins de brevets après qu’un plus grand nombre de femmes aient rejoint leurs conseils d’administration.

Cependant, les entreprises dépassant leurs objectifs de performance ont vu leur production de brevets augmenter à mesure que le nombre de femmes administrateurs augmentait. De même, lorsque les entreprises étaient en bonne santé financière, davantage de brevets étaient générés lorsque leurs conseils d’administration comptaient davantage de femmes.

La situation a changé lorsque nous avons examiné les innovations radicales, ces brevets figurant dans les 10 % des citations les plus importantes. Pour ces innovations à haut risque et à haute récompense, l’effet d’aversion au risque des femmes membres des conseils d’administration a dominé.

Lorsque les performances d’une entreprise tombaient en deçà des attentes, les innovations radicales étaient moins nombreuses à mesure que son conseil d’administration comptait de plus en plus de femmes parmi ses membres. Nous n’avons constaté aucune augmentation correspondante des innovations radicales lorsque les performances dépassaient les objectifs.

Une découverte nous a surpris. Nous avions prédit que les conseils d’administration comptant davantage de femmes réduiraient l’innovation lorsque les entreprises seraient au bord de la faillite. Au lieu de cela, c’était le contraire : les conseils d’administration comptant davantage de femmes ont en fait augmenté la production de brevets à mesure que la faillite menaçait. Cela suggère que les femmes administrateurs peuvent lutter plus fort pour la survie d’une entreprise grâce à l’innovation lorsqu’elles sont confrontées à des menaces existentielles.

Pourquoi c’est important

Entre 2000 et 2024, le nombre de femmes dans les conseils d’administration du S&P 500 est passé de 27 % à 34 %. Mais des recherches antérieures ont dressé un tableau contradictoire de l’effet que peuvent avoir les femmes membres des conseils d’administration. Certaines études ont montré que les femmes réduisent la prise de risques en entreprise, tandis que d’autres ont démontré qu’elles accroissent l’innovation et la créativité. Notre travail suggère que les deux perspectives sont correctes dans des circonstances différentes.

Cette recherche fournit des conseils pratiques aux entreprises et aux régulateurs qui œuvrent en faveur d’une plus grande diversité de genre au sein des conseils d’administration. Les entreprises performantes peuvent s’attendre à une innovation accrue en accueillant des femmes dans leurs conseils d’administration. Ces administrateurs peuvent apporter des perspectives diverses, améliorer la prise de décision et une meilleure allocation des ressources, ce qui se traduit par davantage de brevets.

À l’inverse, les entreprises peu performantes peuvent s’attendre à ce que les conseils d’administration comptant davantage de femmes se concentrent sur la stabilité plutôt que sur l’innovation risquée. Ce n’est pas nécessairement négatif.

Les recherches montrent que les banques dirigées par des femmes étaient moins susceptibles de faire faillite pendant la crise financière et que les entreprises comptant davantage de femmes parmi les administrateurs connaissent moins de difficultés financières. Une innovation réduite en période difficile peut refléter une gestion prudente des risques plutôt qu’une aversion pour le risque.

Les théories traditionnelles prédisent qu’une mauvaise performance déclenche des recherches de solutions risquées. Mais les conseils d’administration qui comptent davantage de femmes semblent donner la priorité à la survie de l’organisation plutôt qu’à une innovation incertaine lorsque les performances en pâtissent. Ils peuvent évaluer que des tentatives d’innovation infructueuses pourraient aggraver une situation déjà précaire.

Cette recherche témoigne également du phénomène de la « falaise de verre », où les femmes rejoignent souvent les conseils d’administration en période de crise. Nos résultats suggèrent que ces administrateurs peuvent apporter exactement ce dont les entreprises en difficulté ont besoin : une évaluation minutieuse des risques et une concentration sur la survie plutôt que sur des dépenses d’innovation potentiellement inutiles.

Ce qu’on ne sait toujours pas

Nous mesurons l’innovation à l’aide des brevets, mais de nombreuses innovations ne deviennent jamais des brevets. L’impact des femmes réalisatrices sur d’autres formes d’innovation – telles que les droits d’auteur, les secrets commerciaux et l’avantage du premier arrivé – reste flou.

Quels sont les mécanismes à l’origine des différences ? Les femmes réalisatrices défendent-elles activement différentes stratégies d’innovation ? Changent-ils la dynamique des discussions au sein du forum ? Influent-ils indirectement sur les décisions du PDG et de l’équipe de direction ? Les recherches futures doivent ouvrir la « boîte noire » de la prise de décision au sein des conseils d’administration.

Enfin, les conséquences à long terme doivent être examinées. Nous avons mesuré la production de brevets, mais pas si ceux-ci se traduisaient en succès commercial ou en avantage concurrentiel. Comprendre si les modèles d’innovation que nous avons documentés profitent en fin de compte aux performances de l’entreprise fournirait des informations cruciales aux décideurs.

Le Research Brief est un bref aperçu de travaux universitaires intéressants.


Source:

theconversation.com

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