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« Sa défense est ubuesque » : trois ans de prison ferme requis contre le sénateur Joël Guerriau pour avoir drogué la députée Sandrine Josso

.NETWORKLe Député – Société« Sa défense est ubuesque » : trois ans de prison ferme requis contre le sénateur Joël Guerriau pour avoir drogué la députée Sandrine Josso


Entre les deux récits, « il y a un gouffre », a constaté le président de la cour, Thierry Donard. Pendant deux jours au tribunal correctionnel de Paris, l’ex-sénateur Joël Guerriau et la députée Sandrine Josso ont opposé deux versions de la soirée qui les a menés à ce procès. Au centre, une certitude : la femme politique a bien été droguée à la MDMA lors d’une soirée privée au domicile de son « ami politique » de dix ans.

Les analyses de sang et de cheveux sont implacables : la dose de cristaux ingérée à son insu pouvait être dangereuse, concentrée à 91,1 %. Plus d’un an après le procès Pelicot, la soumission chimique est à nouveau au cœur d’une affaire de justice, située cette fois-ci dans les plus hautes institutions de l’État. Le premier jour des audiences, Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot, est venue soutenir la marraine de son association M’endors pas.

Inversion de la responsabilité

« J’espère qu’un jour, elle me pardonnera », commence doucement à la barre Joël Guerriau. Pour autant, deux ans après les faits, ce mari et père de cinq enfants nie toujours avoir voulu agresser sexuellement son ancienne collègue. Et inverse parfois les responsabilités. C’est elle qui voulait être invitée n’ayant pu se rendre à ses vœux fêtés en circonscription. Le rendez-vous ce soir du 14 novembre 2023, en tête-à-tête chez lui, était purement fortuit.

Mais alors, pourquoi n’a-t-il pas répondu au SMS qui demandait quel était le programme prévu ? Pourquoi avoir effacé ensuite les messages ? De même, Joël Guerriau estime que Sandrine Josso aurait dû lui signaler ses nausées, ses palpitations qu’elle a tues par crainte de montrer ses faiblesses à un agresseur : « J’aurais tellement voulu que Sandrine me le dise. Je me sens responsable de ce qui s’est passé », tente-t-il, sans assumer vraiment.

Lorsque la parlementaire décrit à son tour son arrivée dans l’appartement de l’homme politique, elle affirme qu’il a d’abord versé le champagne dans le coin cuisine avant d’apporter les flûtes. Elle était assise dans le salon. Dès la première gorgée, Sandrine Josso trouve à la boisson un goût étrange. Tout comme, d’ailleurs, les vêtements décontractés de son hôte, eux aussi « inhabituels ». « Je l’avais toujours vu en costume. »

Il lui demande de trinquer et boire, par trois fois en quelques minutes, joue avec le variateur de lumière, « il était comme monté sur un ressort ». La flûte de l’invitée n’est pas vide, mais il la reprend pour la remplir à nouveau. « J’avais des palpitations très fortes, je me sentais partir… Je jette une tête dans la cuisine et je vois qu’il range un sachet sous le plan de travail », témoigne la députée. Elle désignera a posteriori cet emplacement aux enquêteurs, qui y trouveront la drogue.

Tours de magie

Joël Guerriau l’assure : elle a confondu avec ses pochettes de tours de magie. Le sénateur est prestidigitateur à ses heures : il aime amuser la galerie avec ses trucs. La députée interprète plutôt le tour de la chaîne et de l’anneau comme une invitation salace, vu le « regard insistant » de son hôte. Le parlementaire-escamoteur ne sait, par ailleurs, toujours pas expliquer comment la MDMA est apparue dans le verre de Sandrine Josso.

Durant l’instruction, ses affirmations ont évolué. Désormais, il se souvient l’avoir versée la veille de la réception dans une flûte, pour son propre usage, mais y avoir renoncé. Puis, oubliée, et réutilisée le lendemain par « inadvertance ». Il ne veut pas citer le sénateur qui lui a donné ce sachet « d’euphorisant » qu’il a accepté naïvement. « Je n’ai jamais acheté de drogue », assure-t-il, bien que, plus tard, il précisera que tout est drogue « même la caféine ». Et qu’importe qu’il ait consulté Internet sur la MDMA et la « drogue du violeur », ou qu’une stagiaire évoque sa consommation de cannabis…

Dans un discours victimaire, l’homme de 68 ans raconte sa solitude comme élu à Paris loin de sa famille, les trahisons politiques qui l’ont « bouleversé », un ami atteint du cancer, sa dépression. Il admire le combat de Mme Josso contre la soumission chimique, voudrait même à son tour pouvoir témoigner de son expérience…

« C’est ubuesque », réagit le conseil de la défense, Arnaud Godefroy. « C’est la condamnation de M. Guerriau qui servira le mieux le combat contre la soumission chimique », renchérit le ministère public, qui a requis quatre ans d’emprisonnement dont trois ferme, retenant principalement l’infraction de l’administration d’une substance nuisible, altérant la conscience, dans le but d’agresser sexuellement Sandrine Josso. « Il n’y a pas d’éléments de preuve pour caractériser les deux infractions », estime la défense, qu’il s’agisse de détention de drogue ou de son administration. Refusant d’assimiler ce procès à un Mazan bis, critiquant ici aussi l’écho médiatique, maître Roumiantseva a demandé la relaxe.

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