Par Lahcen Isaac Hammouch
L’Italie se trouve aujourd’hui confrontée à l’un de ses dossiers antiterroristes les plus importants de ces dernières années, portant sur le financement présumé du Hamas, organisation classée terroriste par l’Union européenne depuis 2003. L’affaire a pris une dimension publique majeure à la suite d’une opération judiciaire menée le 27 décembre 2025, mais ses origines remontent à plusieurs années d’enquêtes discrètes menées par les autorités italiennes.
Selon les éléments communiqués par le parquet antimafia et antiterroriste, les investigations ont débuté à partir de soupçons portant sur des collectes de fonds organisées en Italie par des structures associatives se présentant comme humanitaires. Les enquêteurs ont progressivement identifié des flux financiers jugés atypiques, caractérisés par des montants fragmentés, des intermédiaires multiples et des destinations finales situées principalement à Gaza, dans les territoires palestiniens ou en Israël. Ces entités bénéficiaires sont considérées par les magistrats instructeurs comme liées ou contrôlées par le Hamas.
Au fil de l’enquête, les autorités estiment qu’environ sept millions d’euros auraient été collectés sur plusieurs années. Les fonds auraient transité par des circuits complexes destinés à contourner les mécanismes de contrôle bancaire et les obligations de transparence imposées par la législation italienne et européenne en matière de lutte contre le financement du terrorisme. Les investigations se sont appuyées sur des analyses financières approfondies, des interceptions légales, ainsi que sur la coopération avec des partenaires judiciaires étrangers.
Le 27 décembre 2025 marque une étape décisive dans ce dossier. Neuf personnes ont été arrêtées dans la région de Gênes lors d’une opération coordonnée par les forces de sécurité italiennes. Parmi les personnes interpellées figure Mohammad Mahmoud Ahmad Hannoun, présenté comme président de l’Association des Palestiniens en Italie. Les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir participé à un réseau structuré de collecte et de transfert de fonds en faveur du Hamas. Des saisies d’avoirs, de documents comptables et de supports numériques ont été effectuées afin d’étayer les charges.
À ce stade de la procédure, les faits reprochés demeurent des allégations judiciaires. Les personnes arrêtées ont été inculpées mais bénéficient pleinement de la présomption d’innocence, conformément aux principes fondamentaux du droit italien et européen. La justice devra déterminer si les flux financiers identifiés relèvent effectivement du financement du terrorisme ou s’ils peuvent être requalifiés différemment.
Depuis les arrestations, l’enquête est entrée dans une phase judiciaire active. Les magistrats poursuivent l’exploitation des données saisies, la reconstitution précise des circuits financiers et la vérification des liens entre les associations italiennes et les bénéficiaires finaux à l’étranger. La coopération judiciaire internationale joue un rôle central dans cette phase, notamment pour l’échange d’informations bancaires et l’identification des structures destinataires. À ce jour, aucune date de procès n’a été annoncée et aucune décision définitive n’a été rendue sur la qualification pénale finale des faits.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte sécuritaire italien particulier. L’Italie est généralement décrite par ses services de renseignement comme moins exposée que d’autres pays européens aux attentats djihadistes de grande ampleur. La menace est toutefois considérée comme persistante, notamment en raison de la présence de réseaux de radicalisation et de la diffusion de contenus extrémistes en ligne. Depuis l’aggravation du conflit entre Israël et le Hamas à partir de 2023, les autorités italiennes constatent une intensification des discours de radicalisation et des appels à la violence sur les plateformes numériques.
L’État italien participe officiellement à l’effort international de lutte contre le terrorisme, tant au niveau européen que dans le cadre de coalitions internationales, et coopère étroitement avec ses partenaires en matière de renseignement et de justice. Parallèlement, des débats récurrents existent dans le pays sur les méthodes historiques de gestion de la menace terroriste, alimentés par des affaires anciennes ayant fait l’objet d’enquêtes parlementaires sans qu’aucune conclusion judiciaire définitive n’ait établi l’existence de stratégies clandestines ou d’accords informels avec des groupes armés étrangers.
À ce stade, l’affaire de Gênes reste un dossier en cours d’instruction. Son évolution dépendra des décisions des juges, de la solidité des preuves financières réunies et de la coopération internationale. Elle pourrait, à terme, constituer une référence majeure dans le traitement judiciaire du financement du terrorisme en Italie et plus largement au sein de l’Union européenne.



