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Lahcen Isaac Hammouch « Nasser Zefzafi, du Hirak à l’unité nationale : pourquoi une grâce royale est envisageable? »

Nasser Zefzafi, figure centrale du Hirak du Rif, est apparu ce jeudi 4 septembre 2025 au grand jour pour la première fois depuis plusieurs années. Âgé de 45 ans, il a obtenu une autorisation exceptionnelle de quitter sa cellule afin d’assister aux funérailles de son père, Ahmed Zefzafi, décédé la veille après un long combat contre le cancer. La scène s’est déroulée à Al Hoceïma, devant une foule immense venue lui rendre hommage et soutenir sa famille. À l’issue de la cérémonie, Zefzafi s’est exprimé du toit de la maison familiale. Ce moment, hautement symbolique, a marqué les esprits bien au-delà du Rif.

Le leader du Hirak, autrefois connu pour ses discours enflammés et sa confrontation directe avec les autorités, a choisi un ton sobre et solennel. Dans ses propos, il a exprimé sa gratitude envers l’administration pénitentiaire qui a facilité sa présence aux obsèques de son père. Mais surtout, il a adressé un message clair à ses compatriotes : préserver l’unité nationale, renforcer la cohésion sociale et défendre l’intégrité territoriale du Maroc, y compris dans le dossier du Sahara. Cette prise de parole, empreinte de patriotisme et de dignité, tranche avec l’image radicale que ses détracteurs lui avaient attribuée par le passé. Elle a été perçue par de nombreux Marocains comme un signal fort, celui d’un homme qui, malgré les épreuves et l’emprisonnement, reste attaché à son pays et à ses symboles.

Nasser Zefzafi purge actuellement une peine de vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, en lien avec les manifestations du Hirak du Rif. Ce mouvement, né en 2016 après la mort tragique du poissonnier Mohcine Fikri, broyé dans une benne à ordures à Al Hoceïma alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée, avait embrasé toute la région. Des milliers de jeunes, exaspérés par le chômage, le manque d’infrastructures et la marginalisation historique du Rif, étaient descendus dans les rues pour réclamer justice, dignité et développement. Zefzafi en était devenu le porte-voix le plus charismatique, multipliant les discours et les mobilisations. Mais cette contestation sociale s’était heurtée à une réponse ferme de l’État, et de lourdes condamnations avaient été prononcées contre les leaders du mouvement, dont Zefzafi et plusieurs dizaines d’autres militants.

Aujourd’hui, son apparition publique change la donne. Beaucoup se demandent si ce tournant pourrait ouvrir la voie à une réconciliation nationale. La question d’une éventuelle grâce royale est désormais au cœur des débats. Le décès de son père, la maladie et la grande fragilité de sa mère, et la nouvelle posture publique de Zefzafi, plus conciliante et patriote, plaident en faveur d’un geste d’apaisement. Mais il serait difficile d’imaginer une telle décision limitée à sa seule personne. Car derrière Zefzafi, ce sont des dizaines de militants du Hirak qui croupissent encore en prison, condamnés à de lourdes peines. Une grâce collective, englobant Zefzafi et ses compagnons, aurait une force symbolique bien supérieure : elle marquerait une page qui se tourne définitivement et ouvrirait celle d’un avenir commun.

Une grâce royale pour Zefzafi et ses codétenus serait très importante pour plusieurs raisons. Sur le plan interne, elle enverrait un signal fort aux populations rifaines : leurs revendications sociales sont entendues et l’État n’est pas dans une logique de vengeance, mais dans une logique d’apaisement et de développement. Elle contribuerait à désamorcer un ressentiment latent qui pourrait, à tout moment, être réactivé par de nouvelles tensions sociales. En donnant à ces militants une seconde chance, le Maroc montrerait sa capacité à transformer une crise en opportunité de réconciliation.

Sur le plan politique, cette décision priverait les mouvements séparatistes de leur principal levier de propagande. En France, un parti nationaliste rifain, dirigé par Youba El Ghadioui et soutenu financièrement par l’Algérie, tente de se présenter comme le porte-parole du Rif. Leur discours repose sur l’idée que le Maroc marginalise et écrase la région. Si Zefzafi et ses compagnons retrouvaient la liberté et se réaffirmaient comme des voix patriotiques, fidèles à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale, alors ce parti perdrait toute crédibilité auprès des Rifains. Une grâce royale couperait court aux tentatives d’instrumentalisation de la question rifaine par des forces extérieures hostiles au Maroc.

Sur le plan stratégique, cette grâce s’inscrirait dans une logique de consolidation nationale. Le Maroc fait face à des défis multiples : modernisation économique, montée des attentes sociales, pressions régionales et tensions avec l’Algérie. Dans ce contexte, l’unité nationale est un atout majeur. En réintégrant Nasser Zefzafi et les autres détenus du Hirak dans le champ national, le Maroc montrerait qu’il ne craint pas de dialoguer avec ses anciens opposants et qu’il est capable de faire de la diversité interne une force.

Enfin, sur le plan symbolique et international, une telle décision serait saluée comme un acte de grandeur et de vision politique. Elle démontrerait que le Maroc n’a rien à craindre du débat interne, qu’il sait pardonner et qu’il est tourné vers l’avenir. Dans un monde où les États sont souvent critiqués pour leur incapacité à gérer les contestations sociales autrement que par la répression, une grâce royale de Zefzafi et de ses compagnons serait perçue comme un geste audacieux et porteur d’espoir.

Le moment est donc crucial. Zefzafi a fait un pas en direction de la Nation en réaffirmant son attachement à l’unité du pays et à l’intégrité de son territoire. Le Roi pourrait, par un geste magnanime, répondre à ce pas par une grâce royale. L’histoire du Maroc nous enseigne que les grands moments de réconciliation naissent souvent de la rencontre entre un acte de loyauté et un acte de pardon. La mort d’Ahmed Zefzafi, le discours patriotique de son fils et la menace séparatiste instrumentalisée par l’Algérie créent un contexte où une telle décision aurait une portée historique.

Au-delà de la personne de Nasser Zefzafi, c’est l’avenir du Rif et l’unité nationale du Maroc qui se jouent. Gracier Zefzafi et les autres détenus du Hirak, c’est tourner la page de la confrontation, désarmer les discours séparatistes, et envoyer au monde le message d’un Maroc fort, rassemblé et confiant dans son avenir.

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