L’islamologue franco-suisse Tariq Ramadan, longtemps considéré comme une figure intellectuelle influente dans le monde musulman européen, a vu son destin judiciaire scellé par la plus haute instance helvétique. Le Tribunal fédéral a confirmé, le 21 août 2025, sa condamnation pour viol et contrainte sexuelle, mettant ainsi un terme à des années de procédures et de polémiques.
Après un long feuilleton judiciaire, la cour d’appel de Genève avait, en septembre 2024, reconnu Tariq Ramadan coupable des faits commis dans un hôtel genevois en octobre 2008. L’islamologue a été condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu’au versement de plus de 100 000 francs suisses de dommages et intérêts et de frais judiciaires. Le recours introduit par ses avocats ayant été rejeté, cette condamnation est désormais définitive. L’intéressé affirme être victime d’une erreur judiciaire et envisage de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Cette issue est d’autant plus spectaculaire qu’en mai 2023, le tribunal correctionnel de Genève avait acquitté Tariq Ramadan, invoquant l’absence de preuves matérielles suffisantes. Cet acquittement, accueilli comme une victoire par l’islamologue et ses soutiens, avait rapidement été annulé en appel. La cour d’appel a jugé que les éléments du dossier et le témoignage de la plaignante suffisaient à établir la culpabilité.
Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Tariq Ramadan a longtemps occupé une place singulière dans le débat intellectuel en Europe. Enseignant à Oxford, conférencier recherché et essayiste prolifique, il se présentait comme une voix du dialogue entre l’islam et l’Occident. Mais depuis 2017, sa carrière s’est effondrée sous le poids des accusations de viol et d’agressions sexuelles en France et en Suisse. Certaines procédures ont été classées, d’autres sont encore en cours, mais cette condamnation en Suisse marque un coup d’arrêt décisif pour celui qui se voulait le porte-parole d’un islam moderne et intégré.
La décision du Tribunal fédéral a suscité de vives réactions. Les associations féministes y voient une victoire de la justice et un signal envoyé aux victimes, longtemps réduites au silence. Les soutiens de Tariq Ramadan dénoncent au contraire un acharnement judiciaire et médiatique, rappelant que les preuves matérielles demeurent faibles et que l’affaire repose sur des témoignages.
Quoi qu’il advienne de son éventuel recours devant la Cour européenne, l’image de Tariq Ramadan sort profondément écornée. Sa condamnation scelle sans doute la fin d’un parcours qui, il y a encore quelques années, faisait de lui l’un des intellectuels musulmans les plus écoutés du continent. La justice suisse a ainsi voulu rappeler que même les figures médiatisées et influentes ne sont pas au-dessus des lois.




