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Isaac Hammouch : »Affaire Ibtissam Lachgar : un t-shirt, une arrestation et un débat brûlant sur la liberté d’expression au Maroc

Rabat – 10 août 2025.

L’arrestation de la militante féministe et laïque Ibtissam Lachgar par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a provoqué une onde de choc au Maroc et au-delà. En cause : la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo jugée offensante envers l’islam, qui a conduit le parquet à ouvrir une enquête pour « offense publique à la religion ».

La photo qui a déclenché la tempête

Sur l’image publiée en ligne, on voit Ibtissam Lachgar, debout, mains sur les hanches, portant un t-shirt noir sur lequel figure en caractères arabes le mot « Allah » suivi en anglais des mots is lesbian. L’arrière-plan indique un contexte militant, avec des bannières liées au féminisme.
Pour les autorités, ce visuel constitue une insulte directe à la divinité, en violation de l’article 267-5 du Code pénal marocain, qui punit d’amende et de prison « quiconque offense la religion islamique ou porte atteinte au culte ».

Les faits et la réaction judiciaire

À la suite de cette publication, le procureur du Roi a ordonné le placement en garde à vue de Lachgar, dans le cadre d’une enquête confiée à la BNPJ. L’ancien ministre de la Justice, Mustapha Ramid, a publiquement condamné la militante, estimant qu’il s’agissait d’« une insulte intentionnelle à Dieu » et non d’une simple expression d’opinion.

Qui est Ibtissam Lachgar ?

Née à Rabat en 1975, psychologue de formation, Ibtissam « Betty » Lachgar est cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI). Athée déclarée, elle milite pour la laïcité, la dépénalisation de l’homosexualité, le droit à l’avortement et la liberté de conscience.
Connue pour ses actions provocatrices – comme le pique-nique militant durant le Ramadan en 2009 – elle se trouve régulièrement au centre de polémiques dans un pays où la religion est à la fois un pilier de l’État et un marqueur identitaire majeur.

Le cadre légal et ses critiques

L’article 267-5 du Code pénal marocain est régulièrement invoqué pour poursuivre des individus accusés d’avoir porté atteinte à la religion islamique. Les ONG de défense des droits humains dénoncent une disposition qui, selon elles, limite de manière excessive la liberté d’expression et contrevient aux engagements internationaux du Maroc, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Un débat de société relancé

L’affaire divise profondément l’opinion publique :

Pour les partisans de Lachgar, il s’agit d’une expression militante visant à provoquer un débat sur la place de la religion et de l’orientation sexuelle dans l’espace public.

Pour ses détracteurs, c’est une provocation gratuite et offensante qui sape les valeurs de la majorité musulmane et justifie des poursuites judiciaires.

Cette tension révèle le clivage persistant entre une approche conservatrice, soucieuse de préserver le caractère sacré de la religion, et une vision plus libérale qui considère la liberté de parole comme un droit fondamental, même lorsqu’elle choque.

Et après ?

À ce stade, Ibtissam Lachgar est toujours en garde à vue et le parquet n’a pas annoncé de décision finale quant à son inculpation ou sa remise en liberté.
L’issue judiciaire de cette affaire pourrait avoir un impact durable sur le débat marocain autour des limites de la liberté d’expression, surtout lorsqu’elle se heurte au religieux.

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