À Bruxelles, Portia Zvavahera occupe les espaces du Wiels avec une œuvre qui fait du rêve un territoire pictural à part entière. L’artiste originaire du Zimbabwe y présente un univers où les figures semblent surgir d’un monde intérieur, entre sommeil, mémoire et présence physique. L’exposition confirme la capacité de la peinture à accueillir des récits qui ne passent pas par la narration linéaire, mais par la couleur, le geste et la tension émotionnelle.
L’intérêt de cette présentation tient d’abord à la manière dont l’artiste transforme l’intime en expérience visuelle partageable. Ses compositions ne se réduisent pas à des scènes à déchiffrer: elles installent une atmosphère, laissent affleurer des corps, des enveloppes, des apparitions. Le visiteur est invité à entrer dans une temporalité ralentie, loin de l’image immédiatement consommable. Dans ce registre, le rêve n’est pas un échappatoire décoratif, mais une matière active, capable de faire remonter des états psychiques, des peurs, des élans et des souvenirs.
Le choix du Wiels, centre d’art contemporain installé à Bruxelles, donne à cette œuvre une résonance particulière. La programmation du lieu accorde régulièrement une place à des pratiques qui déplacent les cadres dominants du regard. Avec Portia Zvavahera, l’exposition met en avant une peinture qui ne cherche ni l’illustration ni le manifeste, mais une forme de densité sensible. Les surfaces deviennent des passages, les couleurs construisent l’espace, les figures se tiennent souvent à la limite de l’apparition et de l’effacement.
Cette démarche s’inscrit dans un moment où les institutions européennes accordent une attention accrue aux artistes dont les pratiques articulent histoire personnelle, ancrage culturel et langage plastique contemporain. Le travail de Portia Zvavahera ne se laisse pourtant pas enfermer dans une seule lecture géographique ou identitaire. Son vocabulaire visuel, nourri par l’expérience du corps et par la puissance des visions intérieures, dialogue avec des préoccupations universelles: la vulnérabilité, la protection, l’attachement, le trouble et la transformation.
En réunissant ces œuvres, le Wiels propose moins une démonstration qu’une immersion. L’exposition rappelle que la peinture demeure un espace d’intensité, capable de rendre visibles des réalités difficiles à nommer. Chez Portia Zvavahera, le rêve n’éloigne pas du réel: il en révèle les zones les plus profondes, celles où l’émotion devient forme et où l’image continue de travailler longtemps après le regard.






