La Corée du Sud engage une nouvelle phase de sa stratégie technologique en concentrant ses efforts sur deux secteurs devenus déterminants pour la compétitivité mondiale : l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs. Le pays veut développer ses propres modèles d’IA tout en consolidant une industrie des puces déjà centrale dans son économie. Cette orientation répond à une demande internationale en forte progression, portée par les centres de données, les services numériques et les besoins de calcul liés aux systèmes d’IA.
Pour Séoul, l’enjeu dépasse le seul soutien à une filière industrielle. La maîtrise des modèles d’IA et des composants qui les alimentent est devenue un facteur de souveraineté technologique. Les puces avancées conditionnent la capacité à entraîner et exploiter des systèmes complexes, tandis que les modèles nationaux peuvent réduire la dépendance à des solutions étrangères. Dans ce contexte, la Corée du Sud cherche à sécuriser l’ensemble de la chaîne, depuis la recherche jusqu’à la production, dans un environnement mondial marqué par une concurrence intense.
Le rôle du secteur public est appelé à rester majeur dans cette montée en puissance. Le ministère sud-coréen des Sciences et des TIC occupe une place centrale dans l’orientation des politiques numériques et scientifiques du pays. L’objectif est de créer un cadre favorable à l’innovation, de soutenir les acteurs industriels et d’accompagner les capacités nationales dans un marché où les cycles d’investissement sont longs, coûteux et soumis à des ruptures technologiques rapides.
Cette stratégie s’inscrit aussi dans la reconfiguration de l’économie des puces. Les semi-conducteurs ne concernent plus seulement l’électronique grand public : ils irriguent l’automobile, les télécommunications, la défense, la santé et les infrastructures de calcul. Avec l’essor de l’IA générative et des applications professionnelles fondées sur l’analyse massive de données, la demande pour des composants plus performants se renforce. La Corée du Sud, déjà identifiée comme l’un des pôles majeurs du secteur, entend préserver sa position dans une compétition dominée par quelques grandes puissances industrielles.
Le développement de modèles d’IA propres constitue enfin un levier stratégique pour les entreprises locales, mais aussi pour les services publics et la recherche. Disposer d’outils adaptés à la langue, aux usages et aux besoins du pays peut faciliter leur adoption dans différents domaines économiques. La réussite dépendra toutefois de la capacité à articuler investissements, talents, infrastructures de calcul et production de puces. Séoul place ainsi l’IA et les semi-conducteurs au cœur d’une politique industrielle appelée à peser durablement sur son positionnement international.






