Trois pilotes sur quatre déclarent avoir déjà connu des épisodes de microsommeil aux commandes d’un avion et peiner à récupérer suffisamment entre deux périodes de service. Ce constat met en lumière une question sensible pour l’aviation : la fatigue des équipages, phénomène difficile à mesurer en temps réel mais central dans l’organisation des vols et la prévention des risques.
Le terme de microsommeil désigne de très brèves pertes de vigilance, parfois de quelques secondes, qui peuvent survenir sans que la personne concernée en ait immédiatement conscience. Dans un cockpit, l’enjeu ne se limite pas à l’endormissement visible : la baisse d’attention, la lenteur de réaction et la difficulté à maintenir une concentration continue peuvent affecter la qualité de la surveillance des instruments et de la coordination entre membres d’équipage.
Les pilotes évoquent également un repos jugé insuffisant et des hésitations à se déclarer inaptes en raison de la fatigue. Cette réticence constitue un point clé pour la sécurité aérienne, car les systèmes modernes reposent aussi sur la capacité des professionnels à signaler un état incompatible avec l’exercice de leurs fonctions. Les règles encadrant les temps de vol, les périodes de repos et la gestion de la fatigue relèvent notamment des autorités nationales et de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne, qui intègrent ce facteur dans leurs normes de surveillance.
La fatigue des équipages ne signifie pas que chaque vol présente un danger immédiat, mais elle rappelle la complexité d’un secteur où les horaires décalés, les rotations, les vols de nuit et les changements de fuseau horaire peuvent peser sur les organismes. L’automatisation des avions et le travail en équipage constituent des barrières de sécurité importantes, sans supprimer la nécessité d’un repos effectif ni d’une culture de déclaration sans crainte excessive de conséquences professionnelles.
Pour les compagnies aériennes comme pour les régulateurs, l’enjeu est désormais de traiter ces déclarations comme un indicateur de fonctionnement du système, et non comme une simple difficulté individuelle. La prévention passe par une organisation des plannings compatible avec la récupération, une évaluation réaliste de la charge de travail et un climat permettant aux pilotes de signaler la fatigue avant qu’elle ne devienne un facteur opérationnel.






