Rabat – Alors que le Maroc faisait face à une nouvelle crise migratoire à la frontière de Ceuta, marquée par plusieurs décès et une forte tension avec l’Espagne, un fait a particulièrement retenu l’attention : le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, se trouvait en vacances en Espagne.
Dans un contexte où l’opinion publique attend généralement une présence politique forte face à une crise nationale, l’absence du Premier ministre a suscité de nombreuses interrogations. Durant les premiers jours des événements, aucune déclaration publique, aucune conférence de presse et, selon les informations disponibles, aucun message officiel de condoléances n’ont été émis par le chef du gouvernement.
Ce silence a contrasté avec l’ampleur de la crise et avec la vive émotion provoquée par les pertes humaines enregistrées lors des tentatives de franchissement de la frontière de Ceuta.
Selon plusieurs médias marocains, Aziz Akhannouch a finalement interrompu son séjour et regagné Rabat après une intervention du roi Mohammed VI. Si le Palais royal n’a pas communiqué officiellement sur les modalités de ce retour, plusieurs publications concordantes évoquent une demande directe du souverain.
Au-delà du simple retour du chef du gouvernement, cet épisode soulève une question plus fondamentale : pourquoi a-t-il fallu attendre une intervention du Palais pour voir le pouvoir exécutif reprendre pleinement sa place dans la gestion d’une crise nationale ?
Dans la pratique institutionnelle marocaine, le roi demeure l’arbitre suprême et le garant de la continuité de l’État. Toutefois, la Constitution confie au chef du gouvernement la conduite de l’action gouvernementale et la coordination des politiques publiques. Lorsqu’une crise majeure éclate, l’opinion s’attend naturellement à voir le Premier ministre assumer ce rôle de premier plan.
L’image d’un chef du gouvernement poursuivant ses vacances alors que le pays traversait une période de fortes tensions risque donc d’alimenter les critiques déjà formulées à l’égard de son exercice du pouvoir. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, Aziz Akhannouch fait régulièrement l’objet de reproches portant sur son manque de communication, son éloignement des préoccupations quotidiennes des citoyens et la difficulté de son équipe à incarner une véritable direction politique.
La séquence de Ceuta pourrait ainsi devenir un nouveau marqueur de ce quinquennat. Plus que le séjour en Espagne lui-même, c’est le décalage entre la gravité de la situation et l’absence initiale du chef du gouvernement qui nourrit aujourd’hui le débat.
Dans les démocraties parlementaires, les crises constituent souvent des moments de vérité pour les dirigeants. Elles révèlent leur capacité à incarner l’autorité de l’État, à communiquer avec la population et à prendre rapidement la tête de la réponse gouvernementale. Au Maroc, le rappel d’Aziz Akhannouch par le souverain est désormais interprété par une partie de la classe politique et des observateurs comme le signe que cette responsabilité n’a pas été assumée avec la réactivité attendue.
Au moment où les relations avec l’Espagne connaissent une nouvelle phase de tension et où la question migratoire revient au premier plan des relations euro-marocaines, cette séquence pourrait laisser une empreinte durable sur l’image politique du chef du gouvernement.




