C’est une décision rarissime pour la justice française. La Cour de révision a annulé jeudi 2 juillet la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince dans le célèbre dossier criminel du quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994, et ordonné qu’il soit rejugé.
Publié le : 02/07/2026 – 12:00
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Il faut d’abord rappeler l’affaire qui avait mené à la condamnation à perpétuité de Dany Leprince et dans laquelle il clame son innocence. Le 5 septembre 1994 au matin, quatre corps sont découverts dans une maison de Thorigné-sur-Dué, non loin du Mans. Les victimes sont Christian et Brigitte Leprince et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans. Tous ont été massacrés à l’aide d’une feuille, un couteau de boucher. Les plaies sont innombrables. Il n’y a aucune trace d’effraction, pas de trace de fouille non plus. Seule Solène, la plus jeune fille du couple, âgée de 2 ans, a échappé à la tuerie.
Deux jours plus tard, cinq membres de la famille sont placés en garde à vue : les parents de Christian Leprince, Robert et Renée, ses frères Alain et Dany et l’épouse de ce dernier, Martine. Mis en cause par les témoignages de sa femme et de sa fille Célia, 15 ans, qui l’accusent du meurtre, Dany Leprince, alors 37 ans, reconnaît partiellement les faits le 9 septembre, peu avant la fin de sa garde à vue. « J’ai frappé mon frère à plusieurs reprises », dit-il. Il aurait agi porté par un sentiment de jalousie devant la réussite de son frère, qui habite à quelques maisons de lui.
Deux éléments fragilisés
Mis en examen pour homicides volontaires avec circonstances aggravantes et incarcéré, cet ouvrier aux abattoirs et exploitant agricole, revient sur ses aveux le 22 septembre 1994, lors d’une reconstitution du quadruple meurtre. Aujourd’hui libre après 18 ans passés derrière les barreaux, il clame toujours son innocence. Ce jeudi 2 juillet, la Cour de révision a donc annulé la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince dans le célèbre dossier criminel, et ordonné qu’il soit rejugé. « La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d’avoir été retenus à charge par la cour d’assises se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince », a déclaré son président Nicolas Bonnal.
Pour fonder sa décision, la Cour a retenu d’abord le témoignage de Solène Leprince, la seule rescapée du massacre. Cette femme indique n’avoir aucun souvenir du drame, tandis qu’à l’époque de la procédure des éléments donnaient à penser qu’elle aurait vu Dany Leprince en train de commettre le quadruple meurtre. « Je suis brisée d’avoir perdu mes parents et mes soeurs, mais aussi en colère qu’il reste des zones d’ombre aujourd’hui », a déclaré, émue, la survivante à la Cour de révision le mois dernier, devant laquelle elle est venue appuyer la demande de son oncle.
« C’est une victoire »
La Cour de révision a ensuite retenu les « pertes de mémoire alléguées » de Martine Compain, femme de Dany Leprince au moment des faits, sur le déroulé de la soirée fatale. Selon des expertises ultérieures, celles-ci pourraient s’avérer être une « simulation ». Martine Compain est actuellement placée sous le statut de témoin assisté dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany.
Dany Leprince, 69 ans, a accueilli la décision les larmes aux yeux et est tombé dans les bras de ses proches au milieu de la chambre criminelle de la Cour de cassation. « C’est une victoire mais c’est aussi extraordinaire d’obtenir cette révision », s’est-il félicité, à la sortie de l’audience. « Le combat continue et je suis déterminé non seulement pour le procès en révision mais aussi pour la vérité qui doit éclater. Il faut que la vérité éclate », a-t-il déclaré à la presse. Au total, seule une douzaine de condamnations criminelles ont été annulées en France depuis 1945.
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Source:
www.rfi.fr




