Et si l’un des plus anciens ADN humains au monde se cachait en Wallonie?

Quatre chercheurs venus de l’Institut Max Planck, basé à Leipzig (Allemagne), effectuent depuis lundi des prélèvements à la grotte Scladina à Andenne. Leur but est de trouver de l’ADN fossile, enfermé dans des sédiments depuis près d’un demi-million d’années.

Source: belga

27 avril 2026, 22:50

C’est une véritable course contre-la-montre dans laquelle se sont engagés les généticiens de l’organisation dirigée par Svante Pääbo, Prix Nobel de médecine en 2022. En collaboration avec les équipes de la grotte, ils vont procéder à 150 prélèvements en 36 heures. Habillés de combinaisons stériles, ils ont commencé leur travail lundi et devront terminer leur mission mardi en fin de journée.

Percer les secrets d’un site préhistorique majeur

S’ils sont venus à Andenne, c’est pour percer les secrets les plus profonds du site archéologique mondialement connu pour avoir accueilli des Néandertaliens. Les prélèvements s’inscrivent dans un vaste programme européen et concernent principalement les couches vieilles de 400.000 à 500.000 ans.

L’objectif est de déceler les preuves du passage dans la grotte d’humains et d’animaux, comme l’hippopotame ou le renard polaire, durant cette période. Car si aucune preuve de leur venue n’a pu être trouvée jusqu’à présent, de l’ADN pourrait être extrait des nombreux prélèvements. Cela permettrait de rouvrir le champ des possibles et notamment de retracer l’adaptation et l’évolution des populations humaines et animales préhistoriques dans le contexte des changements climatiques.

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Des analyses qui pourraient durer des années

“Toute la terre prélevée ici va être analysée en Allemagne dans les conditions les plus stériles possibles pendant plusieurs mois, voire plusieurs années”, a expliqué Kevin Di Modica, responsable des fouilles de la grotte Scladina. “Les séquences d’ADN que l’on espère en extraire doivent nous permettre d’aller plus loin que l’archéologie classique, qui se base essentiellement sur les ossements et les silex taillés.”

“Ce site est exceptionnel dans la mesure où il recouvre près d’un demi-million d’années, ce qui est unique en Europe du Nord. On espère donc pouvoir tracer comment des espèces de la préhistoire ont migré, disparu et évolué en s’adaptant aux changements climatiques, des périodes glaciaires à celles plus chaudes encore qu’aujourd’hui”, a-t-il ajouté.

À la recherche d’un ADN encore plus ancien

À ce jour, l’ADN humain le plus ancien au monde a été trouvé en Espagne et date d’il y a environ 300.000 ans. Avec un peu de réussite, les chercheurs pourraient donc en déceler du plus ancien encore dans la grotte andennaise, réputée pour sa conservation.

“Ce serait la cerise sur le gâteau”, a commenté Kevin Di Modica. “Au-delà, les prélèvements pourraient aussi permettre des applications en médecine. En comparant l’ADN trouvé au nôtre, on pourrait notamment faire des progrès en matière de thérapie génique. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Svante Pääbo de recevoir le Prix Nobel de médecine.”

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Un site unique en Belgique

La grotte Scladina, située à Sclayn dans la commune d’Andenne, est le plus grand chantier de fouilles préhistoriques visitable de Belgique. Les fouilles y ont commencé en 1978 et ne se sont jamais arrêtées depuis. Les visiteurs y côtoient donc les archéologues.

Pour l’heure, la plus grande découverte réalisée dans les sous-sols du petit village de la province de Namur est celle de l’enfant de Scladina, en 1993. Il s’agit de la mâchoire inférieure, d’un fragment de la mâchoire supérieure et des dents d’une jeune fille néandertalienne âgée d’environ 8 ans, il y a un peu plus de 100.000 ans. Parmi les nombreuses trouvailles réalisées dans la grotte figurent également des outils réalisés à partir d’os d’ours, de rhinocéros, de bison ou encore de rennes.

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Source:

www.7sur7.be

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