Un violon apparu dans une soirée organisée au musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin) le 31 mars 2026 pourrait être le Lauterbach. Il s’agit d’un instrument que recherche Pascale Bernheim, la fondatrice de l’association « Musique et spoliations » enquêtant sur les vols d’instruments de musique par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, raconte Le Parisien. Ce Stradivarius de 1719 avait été volé au Musée national de Varsovie (Pologne) en 1944 lors de la retraite allemande et n’a jamais été retrouvé. L’organisateur de la soirée a de son côté assuré qu’il ne s’agit pas du violon en question.
Neuf violons en un an
Et l’instrument vu en Alsace a justement été présenté comme datant de 1719, une année faisant partie de l’âge d’or du célèbre luthier. Ce dernier a fabriqué neuf violons cette année-là, dont deux sont toujours portés disparus : le Lauterbach et le Lautenschlager. L’objet utilisé lors de la soirée ne peut pas être le Lautenschlager, dont le dos est constitué de deux planches en bois, alors que l’instrument de Colmar était constitué d’une seule planche. Comme… le Lauterbach.
C’est un article de Dernières Nouvelles d’Alsace sur l’évènement qui a fait réagir Pascale Bernheim. Elle connaissait certains protagonistes. En 2017, l’organisateur de la soirée Emmanuel Jaeger l’avait ainsi mise en relation avec Jean-Christophe Graff, un luthier alsacien également présent le 31 mars. Il souhaitait vérifier que son Stradivarius n’était pas un bien spolié. Pascale Bernheim s’était alors rendue en Pologne pour retracer l’histoire de l’objet précieux. D’après ses informations, le violon aurait été acquis en 1901 par Henryk Grohman, industriel et mécène artistique polonais.
Acheté par un musicien virtuose
Décédé sans enfant en 1939, il aurait laissé l’instrument en dépôt au Musée national de Varsovie (Pologne), qui a été pillé par les nazis en 1944. Le violon n’est réapparu qu’en 1989 à Berlin Est, dans le magasin d’un luthier qui le présentait comme français. L’instrument a alors été acheté par Andreas Schumann, musicien soliste de l’ex-RDA. À l’occasion d’une réparation menée par Jean-Christophe Graff en 1994, l’instrument a été expertisé comme un violon de Vuillaume, portant sa valeur à 100.000 euros environ. Le Français s’en est porté acquéreur pour lui ou pour autrui
Deux expertises réalisées plus tard ont établi qu’il s’agissait bel et bien d’un Stradivarius. Le travail de l’association s’est ensuite arrêté là, car Henryk Grohman n’est pas juif, ce qui signifie que la loi sur la restitution de biens culturels spoliés dans un contexte antisémite entre 1933 et 1945 ne s’applique pas. Des descendants de l’industriel polonais en Autriche et en Argentine ont cependant indiqué souhaiter récupérer le violon. Reste que, Emmanuel Jaeger l’assure : « celui que j’ai présenté lors du concert de Colmar n’est pas le Lauterbach. »
Source:
www.20minutes.fr




