Politique agricole commune : 20 % de crédits européens en moins, plus de pouvoir donné aux états… la réforme en cours qui inquiète les vignerons

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L’Europe annonce une baisse des crédits européens pour redonner, en compléments la main aux États. Mais les caisses sont vides en France… Alors que les négociations vont s’étaler jusqu’en décembre, la profession appelle à la mobilisation.

Réunis en congrès national au pont du Gard fin mars, les vignerons indépendants ont fait remonter leurs préoccupations, souvent liées au changement climatique. La visite de la ministre de l’Agriculture a fait émerger une peur plus politique : celle de voir cassés par l’Europe les piliers de la politique agricole commune (PAC) alors que l’Union annonce son intention de donner plus crédits à sa défense.

« Une erreur stratégique majeure »

« L’annonce faite par la présidente de la commission montre que la souveraineté alimentaire, qui était un des piliers de notre continent, n’est plus qu’une utopie lointaine pour nombre du pays du nord de l’Europe, déplore l’Audois Jean-Marie Fabre, président national des vignerons indépendants. C’est une erreur stratégique majeure au moment où ce qui se passe en Ukraine et au Moyen-Orient impose à l’Europe de se réarmer certes au sens militaire mais aussi au sens agricole. »

Vigneron à Servian, Henri Cabanel, sénateur membre du groupe du Rassemblement démocratique et social européen, ancré au centre gauche, suit le dossier de près au sein du groupe de suivi PAC du Sénat. Et il confirme les craintes : « Nous sommes en pleine audition actuellement à ce sujet. Effectivement, il va y avoir des changements fondamentaux dans la PAC dans un souci soi-disant de simplification. Le principal c’est que l’Europe va redonner du pouvoir aux États membres pour accélérer ou pas leur politique agricole. »

400 milliards d’euros de crédits européens en moins

Le tout sur fond de baisse d’une enveloppe budgétaire PAC qui est actuellement de 2000 milliards d’euros mais qui ne représente que 0,35 % du PIB européen contre 1,5 % aux États-Unis ou 2 % en Chine. « La proposition faite par la Commission européenne est une baisse de 20 % à 1600 milliards d’euros, explique Henri Cabanel. Et comme nous sommes parmi les pays qui touchent le plus, c’est nous qui allons être pénalisés le plus. Quand on sait les droits de paiement de base font partie du revenu essentiel de nos agriculteurs, on peut avoir des inquiétudes fondées. »

Concernant le secteur viticole, « il n’y a pas pour l’instant de question spécifique mais l’enveloppe diminuera sur fond de baisse globale… »

« En France, nous sommes fauchés comme les blés »

L’inquiétude de la profession vient des doutes sur la capacité budgétaire de la France à prendre le relais. « Par exemple sur l’environnemental, il y a aura une somme de subventions avec obligation pour chaque pays de participer au moins à 30 % mais possibilité d’aller au-delà, explique Henri Cabanel. En France, nous sommes fauchés comme les blés. Il est à peu près sûr que nous n’irons pas au-delà des 30 % contrairement à des pays comme la Pologne, qui mettent le paquet sur leur agriculture. »

« C’est maintenant que les syndicats doivent mettre la pression »

Alors que la phase de négociation entre états et Europe va s’étaler jusqu’en décembre 2026, avant un vote au parlement au premier trimestre 2027, le Sénateur héraultais appelle la profession à la mobilisation : « c’est maintenant que les syndicats doivent se manifester pour nous aider à mettre la pression sur le gouvernement français et les parlementaires européens pour minimiser au maximum la baisse des crédits. La ministre de l’agriculture évoque une enveloppe indépendante qui compenserait. Nous n’y croyons pas un seul instant. « 

Jean-Marie Fabre et les vignerons indépendants ont entendu le message : « Nous militons avec notre confédération européenne pour un budget non seulement consolidé mais même renforcé. Nous avons besoins d’une vision européenne collégiale, forte financièrement, et que la PAC maintienne le régime d’organisation commune de marché dédié au secteur. »


Source:

www.midilibre.fr

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