« Il n’y a aucune excuse » : Aqua-Spark dénonce la tromperie d’eFishery

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Amy Novogratz et Mike Velings, cofondateurs d’Aqua-Spark

L’effondrement de la licorne agrotechnologique indonésienne eFishery, révélé l’année dernière comme ayant gonflé les chiffres de performance, s’est répercuté sur les secteurs agrotechnologiques et aquacoles d’Asie du Sud-Est, rendant les investisseurs plus prudents et mettant en péril l’accès durement acquis de l’industrie aux capitaux traditionnels.

Dans une déclaration rare et franche de LinkedIn publiée la semaine dernière, les cofondateurs d’Aqua-Spark, Amy Novogratz et Mike Velings, ont dévoilé les conséquences : non seulement des comptes juridiques pour la direction de l’entreprise, mais une blessure plus profonde à la confiance des investisseurs et un flux de capitaux bloqué dans un secteur qui en a un besoin urgent.

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Leur message était clair. eFishery « a systématiquement gonflé les données de performance pour attirer les capitaux », ont-ils écrit. Les fondateurs d’Aqua‑Spark, un fonds d’impact basé à Amsterdam et premier investisseur dans l’eFishery, ont décrit cette tromperie comme moralement simple et stratégiquement ruineuse. Ils l’ont décrit comme une trahison qui a coûté de l’argent, du dynamisme et de la crédibilité à une industrie qui commençait à attirer l’attention des grands investisseurs institutionnels.

Une entreprise qui aurait dû être un exemple d’agritech responsable, affirment-ils, est plutôt devenue un récit édifiant.

Une vraie entreprise, délibérément déformée

Les cofondateurs d’Aqua‑Spark ne contestent pas le fait qu’eFishery disposait d’une véritable technologie et d’une mission importante. L’entreprise a construit du matériel et des logiciels pour connecter les petits pisciculteurs aux marchés, aux financements et à des intrants améliorés, un modèle au potentiel social et environnemental évident dans une région où l’aquaculture à petite échelle est essentielle à la sécurité alimentaire. Mais Novogratz et Velings affirment que, malgré le fondement légitime, la direction a choisi de présenter des indicateurs de croissance et de performance falsifiés pour soutenir un discours attrayant pour les investisseurs.

« Il n’existe aucune version d’un environnement de financement difficile, ou de pressions de performance, qui rende cela acceptable », indique le communiqué. Le PDG et ses associés font désormais face à des poursuites judiciaires. Mais les dégâts s’étendent bien au-delà des conséquences juridiques, affirment les investisseurs : il s’agit d’une perte d’impact potentiel et d’un déraillement des flux de capitaux vers un secteur sous-financé.

Le pipeline d’investisseurs coupé

L’une des affirmations les plus importantes de la déclaration : l’essor de l’eFishery a amené pour la première fois à une échelle significative des investisseurs technologiques traditionnels et des fonds institutionnels dans l’aquaculture. Ce crossover, affirment Novogratz et Velings, était extrêmement important. Il suggère que l’aquaculture pourrait rivaliser pour obtenir des sommes importantes en s’appuyant sur des fondamentaux concrets plutôt que uniquement sur des récits d’impact.

Lorsque la fraude a été révélée, disent-ils, ce pipeline a non seulement ralenti, mais il a été fermé. Les investisseurs qui avaient tenté leur chance et avaient été brûlés sont devenus plus réticents, préviennent-ils. Le rétablissement de la confiance sera lent et laborieux.

Les dommages collatéraux ne sont pas seulement une perte de capital, mais aussi le coût d’opportunité d’une innovation retardée dans les domaines de l’alimentation animale, des systèmes agricoles et de la technologie, précisément les innovations dont le monde a besoin pour accroître la production de protéines de manière durable.

« Cette industrie est trop importante et trop proche de ce qu’elle devrait être pour être définie par un seul mauvais acteur », déclare le duo. Les auteurs exhortent d’autres investisseurs à intervenir, mais en mettant en place des mécanismes de vérification et de gouvernance plus solides.

Bilan interne et processus plus difficiles

Les cofondateurs d’Aqua‑Spark ont ​​déclaré que le scandale les avait obligés à procéder à un examen de conscience rigoureux. Le choc a provoqué des réactions familières des investisseurs – choc, colère, chagrin – mais aussi des changements concrets. La société a mis en œuvre une vérification indépendante des données plus stricte et a renforcé la surveillance de la gouvernance dans l’ensemble de son portefeuille. Novogratz et Velings ont souligné qu’ils avaient appris de dures leçons sur l’évaluation des fondateurs, la vérification des déclarations de performance et l’application de la gouvernance sous pression plutôt que simplement sur papier.

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Ces mesures visent à prévenir la tromperie en la rendant plus difficile et plus coûteuse. Mais elles ont également un effet secondaire : le devoir de diligence deviendra plus intensif et plus coûteux, ce qui pourrait soulever des obstacles pour les petits fondateurs et les entreprises en démarrage qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour se conformer aux régimes de vérification renforcés.

« Les entreprises qui continuaient à travailler n’ont pas arrêté », a déclaré Aqua‑Spark, faisant l’éloge des sociétés en portefeuille qui ont persévéré malgré la tourmente. Ces entreprises, affirment-ils, sont celles que les investisseurs devraient désormais surveiller de près, non pas parce que la loi phare du secteur a échoué, mais parce que les fondamentaux de nombreuses startups restent solides.

Des enjeux importants : demande en protéines et intrants limités

Le communiqué situe le scandale dans un contexte de demande mondiale urgente. D’ici 2050, le monde aura besoin de beaucoup plus de protéines, prévient Aqua‑Spark ; la pêche sauvage est pratiquement stable depuis les années 1980, et l’aquaculture conventionnelle repose sur des intrants limités tels que la farine et l’huile de poisson. Sans la transformation des ingrédients alimentaires, des systèmes agricoles et des technologies de production, une croissance durable sera impossible.

Ce contexte est important : les entreprises qui créent des aliments alternatifs, améliorent l’efficacité agricole ou développent des technologies de production évolutives ne sont pas des projets spéculatifs, insiste le communiqué. Ce sont des entreprises opérationnelles qui construisent des actifs réels qui nécessitent un capital patient, un capital qui a souvent fait défaut. Le bref succès d’eFishery a attiré ce capital patient ; son effondrement risquait d’anéantir des progrès durement acquis.

Responsabilité, mais pas exonération du secteur

Aqua‑Spark a explicitement imputé la faute aux dirigeants d’eFishery, tout en résistant à tout discours selon lequel le secteur lui-même serait pourri. « Ne laissez pas l’échec d’une entreprise définir cette industrie », ont écrit les cofondateurs. Ils ont exhorté les investisseurs à revenir, mais armés de meilleurs outils de vérification et d’une volonté de faire preuve de patience.

Ils reconnaissaient également la vérité gênante selon laquelle la fraude s’était produite « à l’intérieur de quelque chose que nous avions construit ». L’aveu est remarquable : les investisseurs institutionnels considèrent rarement la fraude d’entreprise comme se produisant au sein de leurs propres réseaux. Le ton d’Aqua‑Spark mêle contrition et détermination, une tentative de reconnaître la culpabilité sans abdiquer la responsabilité de l’avenir du secteur.

Une longue reconstruction à venir

Les implications pratiques sont claires. Pour les investisseurs : attendez-vous à des audits indépendants plus rigoureux, à un examen minutieux accru des données économiques des unités sur le terrain et à un scepticisme à l’égard des mesures qui ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante. Pour les fondateurs : préparez-vous à des questions plus difficiles et à la nécessité de démontrer la véracité opérationnelle dès le premier jour. Pour l’écosystème au sens large, acceptez une période de flux de capitaux plus lents pendant que la confiance se reconstruit.

Mais cette déclaration offre également un contrepoint décisif au fatalisme. Il met en avant les entreprises qui ont continué à fonctionner de manière crédible malgré le scandale et la nécessité structurelle de l’innovation du secteur pour les systèmes alimentaires mondiaux. « Nous y sommes plus engagés que jamais », ont écrit Novogratz et Velings. « Nous savons ce qui est construit ici. Nous savons pourquoi c’est important. Et nous n’allons nulle part. »

Reste à savoir si la communauté des investisseurs réagira avec patience et discipline, ou si elle se repliera sur une aversion au risque qui prolongera le sous-financement dans un secteur essentiel à la sécurité alimentaire. Pour rétablir la confiance, il faudra des preuves : une prestation cohérente de la part des entreprises, des infrastructures de vérification transparentes et des sanctions visibles pour les mauvais acteurs.

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Pour l’instant, les secteurs de l’aquaculture et de l’agrotechnologie de l’Asie du Sud-Est se trouvent à la croisée des chemins. Le scandale eFishery a révélé des vulnérabilités, mais il a également révélé les domaines dans lesquels des réformes sont nécessaires. Si la réponse est concrète – et pas seulement rhétorique – le dur travail de reconstruction pourrait donner naissance à un écosystème d’investissement plus fort et plus transparent. Dans le cas contraire, la région risque de perdre l’élan même qui a initialement attiré le capital institutionnel sur ses côtes. L’horloge concernant la demande mondiale en protéines, comme le prévient Aqua‑Spark, n’est pas généreuse.

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Source:

e27.co

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