Dans les bureaux contemporains, la frontière entre informer sur son activité et se mettre en scène devient parfois difficile à tracer. Un comportement gagne en visibilité: faire savoir, à plusieurs reprises, ce que l’on a terminé, les dossiers traités ou les efforts fournis pendant la journée. Présenté par certains comme une simple manière de rendre leur contribution lisible, ce réflexe peut rapidement être perçu par les collègues comme une tentative de monopoliser l’attention ou de prouver sa valeur en continu.
Un recruteur ayant analysé cette pratique la décrit comme « vraiment très préoccupante », non parce qu’il serait illégitime d’expliquer son travail, mais parce que sa répétition peut révéler un déséquilibre dans la culture d’équipe. Dans un environnement sain, les résultats, les responsabilités et les blocages doivent pouvoir être partagés sans que chacun ait le sentiment de devoir justifier en permanence son utilité. Lorsque la reconnaissance dépend surtout de la capacité à se rendre visible, la coopération risque de passer au second plan.
Cette tendance s’inscrit dans une transformation plus large du travail, marquée par des organisations plus hybrides, des échanges numériques constants et une attention accrue portée aux indicateurs de performance. Dans ce contexte, certains salariés peuvent multiplier les signaux destinés à montrer qu’ils avancent: messages de suivi, annonces de tâches accomplies, rappels de leur charge de travail. Le problème apparaît lorsque ces signaux ne servent plus à coordonner l’activité, mais deviennent une forme de démonstration permanente, susceptible d’alimenter tensions, comparaisons et lassitude.
Pour les responsables, l’enjeu relève autant du management que de la prévention des risques psychosociaux. Une équipe a besoin de cadres clairs pour faire circuler l’information: points réguliers, objectifs compréhensibles, retours structurés, reconnaissance équitable. Des institutions comme le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale rappellent l’importance d’un environnement professionnel attentif à l’organisation du travail et au bien-être. Ce type de comportement, lorsqu’il devient récurrent, peut donc être lu comme un symptôme plutôt que comme un simple travers individuel.
La difficulté consiste à distinguer transparence et autopromotion. Signaler l’avancement d’un dossier, demander de l’aide ou rendre compte d’un résultat fait partie du fonctionnement normal d’une équipe. Transformer chaque tâche accomplie en preuve publique de productivité modifie en revanche les relations de confiance. Pour les salariés comme pour les employeurs, la réponse passe moins par le silence que par une meilleure définition des attentes: ce qui doit être partagé, à quel moment, et dans quel but. C’est à cette condition que la visibilité au travail peut rester un outil de coordination, sans devenir une source d’irritation.






