Sur la scène du Vilar, un nouveau spectacle documentaire interroge la réalité de l’addiction à l’alcool. Alexandre Drouet présente L’extinction des émotions, une proposition scénique qui privilégie le théâtre d’objet pour porter des paroles intimes. La pièce rassemble de nombreux témoignages et construit une écriture performative centrée sur des vécus personnels, offrant au public un contact direct avec des récits souvent tenus à l’écart du discours public.
Le parti pris formel se revendique sobre et référencé au théâtre d’objet : les objets deviennent autant de relais pour des mémoires et des sensations, sans chercher à reconstituer un réalisme documentaire classique. Cette approche permet de distancier la représentation tout en conservant la force des récits oraux. L’équilibre entre mise en scène et matière documentaire favorise une écoute concentrée sur la parole des témoins plutôt que sur un spectacle d’effets.
En abordant la alcoolodépendance par le prisme des expériences individuelles, la création questionne l’image collective que la société se donne de cette problématique sanitaire et sociale. Le spectacle ne prétend pas proposer des solutions, mais il ouvre un espace de visibilité et de reconnaissance pour des trajectoires souvent marginalisées. La force de la pièce tient autant à la densité des témoignages qu’à la manière dont ils sont articulés avec les gestes et les objets convoqués sur scène, créant une proximité délicate entre spectateurs et récits.
La résidence de la pièce au Vilar se poursuit jusqu’au 9 octobre. Pour les spectateurs sensibles aux formes hybrides entre documentaire et fiction scénique, cette proposition constitue une occasion de voir comment le plateau peut devenir lieu d’écoute et de mise en forme d’histoires intimes. Sans pathos ni spectaculaire outré, la création privilégie une attention soutenue aux voix présentes, invitant à une réflexion collective sur la manière dont la culture peut rendre visibles des réalités difficiles.




