L’Arabie saoudite, qui multiplie les initiatives pour afficher une image de modernité et d’ouverture sur la scène internationale, continue pourtant de recourir massivement à la peine de mort. Le 14 octobre 2026, deux ressortissants bangladais ont été exécutés dans la région de La Mecque pour des actes présentés comme immoraux. Une affaire particulièrement troublante qui intervient après une année 2025 marquée par un record d’au moins 356 exécutions. Derrière les ambitions de modernisation du royaume, cette pratique judiciaire irréversible révèle une contradiction profonde entre son image internationale et le respect des droits humains.
DEUX BANGLADAIS EXÉCUTÉS À LA MECQUE : UNE AFFAIRE QUI RÉVÈLE LA BRUTALITÉ DE LA PEINE CAPITALE
Le 14 octobre 2026, les autorités saoudiennes ont procédé à l’exécution de deux ressortissants bangladais dans la région de La Mecque, provoquant de nombreuses interrogations sur les circonstances de leur condamnation et sur le fonctionnement de la justice du royaume. Les deux personnes ont été identifiées dans le communiqué saoudien comme Nazrul Islam Abdul Basir et Siti Akhtar. La presse bangladaise a également associé cette dernière au nom de Sweety Akhtar, une identification toutefois contestée par sa famille et qui nécessite encore une confirmation officielle. Selon le ministère saoudien de l’Intérieur, les condamnés auraient commis des actes qualifiés d’immoraux à l’intérieur d’une mosquée. Les autorités affirment que les sentences ont été prononcées à l’issue de procédures judiciaires, confirmées par les juridictions compétentes puis autorisées par décret royal. Mais le communiqué ne fournit pas de description détaillée des faits reprochés ni des éléments de preuve présentés devant les tribunaux. Cette absence de précisions soulève une question fondamentale : comment justifier une sanction aussi extrême que la mort lorsque les circonstances exactes de l’infraction demeurent insuffisamment expliquées au public ? Dans un système judiciaire respectueux des droits fondamentaux, la gravité d’une sanction devrait s’accompagner d’une transparence particulièrement rigoureuse. La peine capitale, parce qu’elle est irréversible, représente l’une des formes les plus radicales de violence exercée par l’État. Son application à des faits présentés comme des atteintes à la morale, sans que leur nature exacte soit clairement connue, constitue un motif majeur d’inquiétude pour les défenseurs des droits humains.
UNE JUSTICE SAOUDIENNE QUI CONTINUE D’EXÉCUTER MALGRÉ LES PROMESSES DE MODERNISATION
L’affaire intervient dans un contexte où l’Arabie saoudite cherche depuis plusieurs années à transformer son image internationale. Sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, le royaume a engagé de vastes projets économiques, développé son industrie touristique, organisé de grands événements sportifs et culturels et présenté plusieurs réformes sociales comme les signes d’une nouvelle ère. La stratégie Vision 2030 vise notamment à diversifier l’économie nationale et à réduire sa dépendance au pétrole. Les autorités saoudiennes mettent régulièrement en avant les transformations du pays, notamment l’élargissement de certaines libertés sociales et la place croissante accordée aux femmes dans plusieurs secteurs de la vie économique. Mais ces évolutions ne signifient pas que le royaume est devenu une démocratie ni que ses pratiques judiciaires respectent pleinement les normes internationales relatives aux droits humains. Le maintien et l’utilisation intensive de la peine de mort constituent l’une des contradictions les plus flagrantes de cette modernisation. Alors que le pays investit massivement pour attirer des touristes, des investisseurs et des manifestations internationales, ses tribunaux continuent de prononcer des condamnations capitales, y compris pour des infractions qui n’impliquent pas nécessairement la mort d’une victime. Cette réalité remet en question la portée des réformes mises en avant par Riyad. Construire des villes futuristes, accueillir des compétitions internationales ou moderniser les infrastructures ne suffit pas à démontrer un progrès réel en matière de droits fondamentaux. Une modernisation crédible doit aussi se mesurer à l’indépendance de la justice, à la protection des personnes vulnérables, à la transparence des procès et au respect du droit à la vie.
356 EXÉCUTIONS EN 2025 : UN RECORD QUI CONTREDIT L’IMAGE D’UN ROYAUME EN PLEINE OUVERTURE
Les statistiques publiées par les organisations internationales donnent une dimension particulièrement préoccupante à cette affaire. Selon Human Rights Watch, l’Arabie saoudite a exécuté au moins 356 personnes en 2025, dépassant le précédent record de 345 exécutions enregistré en 2024. Il s’agit de deux années consécutives marquées par des niveaux exceptionnellement élevés de recours à la peine capitale. Ces chiffres montrent que les exécutions ne constituent pas des événements isolés, mais s’inscrivent dans une politique pénale qui continue de faire largement appel à cette sanction. L’année 2025 a notamment été marquée par un nombre important de condamnations exécutées pour des infractions non mortelles liées aux stupéfiants. Selon les données de Reprieve et de l’Organisation européenne pour les droits humains en Arabie saoudite, reprises par Human Rights Watch, 240 personnes exécutées en 2025 avaient été condamnées pour des infractions non mortelles liées à la drogue, dont 188 ressortissants étrangers. Ces statistiques sont particulièrement alarmantes, car les normes internationales limitent strictement le recours à la peine capitale aux crimes les plus graves dans les États qui ne l’ont pas abolie. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies considère que cette catégorie doit être interprétée de façon restrictive, en visant les crimes d’une extrême gravité impliquant un homicide intentionnel. Les infractions liées aux stupéfiants ne répondent pas à ce critère. Le recours à l’exécution pour de tels faits constitue donc une violation des normes internationales applicables à la peine de mort. Cette réalité révèle le décalage entre les ambitions de modernisation affichées par les autorités saoudiennes et la persistance de pratiques pénales dénoncées comme cruelles et inhumaines par les organisations de défense des droits humains.
EN 2026, LES EXÉCUTIONS CONTINUENT : AU MOINS 188 PERSONNES MISES À MORT EN MOINS DE DIX MOIS
L’année 2026 confirme que l’Arabie saoudite n’a pas renoncé à son recours intensif à la peine capitale. Selon un décompte de l’Agence France-Presse fondé sur les annonces officielles des autorités saoudiennes et repris le 17 octobre, au moins 188 personnes avaient été exécutées depuis le début de l’année. Ce chiffre intervient après l’exécution de cinq ressortissants saoudiens condamnés dans des affaires liées au terrorisme. Dès le mois de juin, Amnesty International avait alerté sur le rythme des mises à mort dans le royaume. L’organisation avait recensé 96 exécutions entre le 1er janvier et le 22 juin 2026, dont 61 pour des infractions liées aux stupéfiants. Parmi ces 61 personnes, 39 étaient des ressortissants étrangers. Les chiffres illustrent la continuité d’une politique pénale qui frappe aussi bien les citoyens saoudiens que les travailleurs migrants et les étrangers vivant sur le territoire. Ils soulignent également l’importance des garanties judiciaires pour les personnes qui ne maîtrisent pas nécessairement la langue, les lois ou les procédures du pays. Avec au moins 188 exécutions recensées à la mi-octobre, l’Arabie saoudite demeure l’un des États qui appliquent le plus fréquemment la peine capitale. Ce constat soulève une question difficile pour les autorités du royaume : comment convaincre la communauté internationale de la profondeur des réformes engagées lorsque le nombre de personnes mises à mort demeure aussi élevé ? Les progrès économiques et sociaux ne peuvent pas effacer la responsabilité d’un État dans l’application de châtiments irréversibles.
DES TRAVAILLEURS MIGRANTS PARTICULIÈREMENT EXPOSÉS AUX RISQUES D’UNE JUSTICE SÉVÈRE
L’exécution des deux ressortissants bangladais met également en lumière la vulnérabilité de nombreux travailleurs migrants en Arabie saoudite. Des millions d’étrangers vivent et travaillent dans le royaume, notamment dans les secteurs du bâtiment, des services, du nettoyage et du travail domestique. Beaucoup ont quitté leur pays pour subvenir aux besoins de leur famille et améliorer leur situation économique. Lorsqu’ils sont confrontés à des poursuites pénales, certains peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires liées à la langue, à l’éloignement familial ou au coût d’une assistance juridique. Dans le cas des deux Bangladais exécutés le 14 octobre, des informations publiées par la presse de leur pays indiquent qu’ils étaient détenus depuis août 2023. Un mémorandum consulaire cité par les journalistes mentionne des accusations différentes de celles qui ont ensuite été présentées dans le communiqué annonçant les exécutions. Les documents transmis aux représentants bangladais auraient notamment fait référence à une affaire de cybercriminalité concernant Nazrul Islam et à une accusation d’adultère concernant la femme détenue. Ces informations ne permettent pas de reconstituer l’ensemble de la procédure judiciaire, mais elles soulèvent de sérieuses questions sur la communication des accusations et des condamnations. Dans les affaires pouvant conduire à la peine capitale, l’accès effectif à un avocat, à un interprète compétent et à des voies de recours doit être considéré comme une garantie indispensable. La pauvreté, la nationalité ou le statut migratoire ne doivent jamais devenir des facteurs aggravant le risque d’injustice.
LE BANGLADESH RÉCLAME DES EXPLICATIONS APRÈS DES EXÉCUTIONS DONT IL N’AURAIT PAS ÉTÉ INFORMÉ
L’affaire a également provoqué des tensions diplomatiques entre Dacca et Riyad. Selon les déclarations des autorités bangladaises rapportées par plusieurs médias, leurs représentants consulaires n’auraient reçu aucune notification préalable des exécutions du 14 octobre. Le gouvernement bangladais a demandé des explications sur les procédures judiciaires, les condamnations prononcées et les raisons pour lesquelles ses diplomates n’avaient pas été avertis. Une liste de détenus transmise au consulat général du Bangladesh à Djeddah le 30 septembre aurait mentionné les deux personnes sans indiquer qu’elles faisaient l’objet de condamnations à mort. Ce point est particulièrement préoccupant, car une information préalable aurait pu permettre aux représentants consulaires de chercher à obtenir les jugements, d’examiner les possibilités d’assistance et d’intervenir dans les limites du droit applicable. L’absence de notification alléguée ne suffit pas, à elle seule, à établir une violation précise des conventions internationales, mais elle appelle des explications détaillées. Les familles des personnes exécutées ont également le droit de connaître les circonstances des condamnations et les démarches possibles concernant les dépouilles. Les autorités saoudiennes doivent rendre accessibles les informations nécessaires pour permettre un examen indépendant de ces procédures. Le respect de la souveraineté d’un État ne peut pas justifier l’opacité lorsqu’il s’agit de la vie de ressortissants étrangers.
LA PEINE DE MORT, UNE PRATIQUE INHUMAINE QUI NE DEVRAIT PLUS AVOIR SA PLACE DANS UNE JUSTICE MODERNE
Au-delà du cas des deux Bangladais, la question fondamentale demeure celle de la légitimité de la peine capitale au XXIe siècle. Les organisations de défense des droits humains, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, condamnent cette sanction en raison de son caractère cruel, irréversible et des risques d’erreurs judiciaires qui l’accompagnent. Une condamnation à mort supprime définitivement toute possibilité de réparer une erreur lorsque la sentence a été exécutée. Elle donne également à l’État le pouvoir de mettre fin à une vie humaine, y compris dans des affaires qui ne concernent pas un homicide. Dans le cas saoudien, le recours à la peine capitale pour des infractions non mortelles, particulièrement celles liées aux stupéfiants, suscite de graves préoccupations au regard des normes internationales. Il ne s’agit pas de nier le droit des autorités saoudiennes de poursuivre les infractions commises sur leur territoire. Il s’agit de rappeler que le pouvoir de sanctionner doit respecter les principes fondamentaux de proportionnalité, de nécessité et de dignité humaine. Une peine ne devient pas juste simplement parce qu’elle est prévue par la législation d’un pays. La peine de mort est une sanction inhumaine dont le maintien apparaît difficilement conciliable avec l’ambition de bâtir une société moderne respectueuse des droits fondamentaux. Sa suppression devrait constituer un objectif prioritaire pour tout État qui souhaite démontrer un engagement crédible en faveur de la dignité humaine.
ENTRE FOOTBALL, TOURISME ET GRANDS PROJETS, LA MODERNISATION SAOUDIENNE NE PEUT PAS MASQUER LES EXÉCUTIONS
L’Arabie saoudite investit des sommes considérables dans sa transformation économique et dans son rayonnement international. Le développement touristique, les grands projets urbains, les compétitions sportives et l’organisation prévue de la Coupe du monde de football 2034 participent à cette stratégie. Le royaume cherche à devenir une destination incontournable pour les investisseurs, les touristes et les grandes manifestations internationales. Mais cette ambition s’accompagne de critiques persistantes concernant les libertés publiques, les droits des travailleurs migrants et le recours à la peine capitale. Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement le décalage entre les efforts de communication du pays et la situation des droits fondamentaux. Les 356 exécutions recensées en 2025 illustrent précisément cette contradiction. Un pays peut développer des infrastructures ultramodernes, accueillir des événements internationaux et afficher des ambitions économiques considérables tout en maintenant des pratiques judiciaires profondément contestées. La modernité ne se résume pourtant ni à la richesse, ni à la technologie, ni à la visibilité médiatique. Elle doit aussi s’accompagner d’institutions responsables, de garanties judiciaires solides et d’un véritable respect de la vie humaine. Les transformations engagées par Riyad ne sauraient donc servir à minimiser la gravité des exécutions ou à faire disparaître les critiques légitimes sur leur caractère inhumain.
UNE CONDAMNATION NÉCESSAIRE DES EXÉCUTIONS ET UN APPEL À LA TRANSPARENCE
Les exécutions du 14 octobre 2026 constituent un nouvel exemple des conséquences dramatiques du maintien de la peine capitale en Arabie saoudite. Elles soulèvent des interrogations sur la nature des accusations, la transparence des procédures, les droits des travailleurs étrangers et les communications diplomatiques. Ces questions doivent recevoir des réponses documentées, sans spéculation ni exploitation de vidéos trompeuses circulant sur les réseaux sociaux. Les autorités saoudiennes doivent communiquer les jugements, préciser les circonstances des condamnations et permettre aux familles d’obtenir les informations auxquelles elles peuvent légitimement prétendre. Au-delà de cette affaire, la multiplication des exécutions appelle une réponse ferme des organisations internationales et des gouvernements attachés à la protection des droits humains. Un moratoire immédiat sur les exécutions, suivi d’une réforme profonde de la législation pénale et d’un processus d’abolition de la peine de mort, constituerait une avancée majeure. Les progrès économiques ne devraient pas dispenser un gouvernement de rendre des comptes sur ses pratiques judiciaires. La peine capitale ne peut pas être banalisée comme une simple décision administrative : elle constitue une privation définitive de la vie, dont les conséquences sont irréparables.
CONCLUSION : L’ARABIE SAOUDITE NE PEUT PAS PRÉTENDRE INCARNER LA MODERNITÉ TOUT EN MULTIPLIANT LES EXÉCUTIONS
L’exécution de deux ressortissants bangladais à La Mecque le 14 octobre 2026 s’inscrit dans une réalité beaucoup plus vaste. Avec 345 exécutions recensées en 2024, au moins 356 en 2025 et au moins 188 au 17 octobre 2026, l’Arabie saoudite continue d’appliquer la peine de mort à une échelle particulièrement préoccupante. Ces chiffres, documentés par des organisations de défense des droits humains et des agences de presse, mettent en évidence une contradiction majeure entre l’image d’ouverture que le royaume cherche à promouvoir et la persistance d’une politique pénale fondée sur des sanctions irréversibles. Les réformes économiques et sociales engagées ces dernières années ne peuvent pas faire oublier les personnes exécutées, les familles endeuillées et les inquiétudes concernant les garanties judiciaires. La condamnation de ces pratiques ne vise ni la population saoudienne ni la religion musulmane, mais les décisions d’un État qui continue de recourir à une sanction dénoncée comme cruelle et inhumaine. La justice ne devrait jamais être confondue avec la vengeance ou l’élimination physique des condamnés. Dans un monde où la protection de la dignité humaine devrait constituer un principe universel, le maintien de la peine capitale demeure une pratique qui mérite une condamnation sans ambiguïté. L’Arabie saoudite ne pourra pas mesurer la réussite de sa modernisation uniquement à ses investissements, à ses infrastructures ou à ses événements internationaux. Le véritable progrès se mesurera aussi à sa capacité à protéger la vie humaine, à garantir une justice transparente et à mettre fin à des exécutions qui n’ont plus leur place dans un système judiciaire respectueux des droits fondamentaux.






