Le modèle iItiner-e propose une relecture du réseau routier ancien en montrant que l’idée selon laquelle tous les chemins menaient à Rome ne rend pas compte de la réalité spatiale. Cette reconstitution numérique du maillage viaire de l’Empire romain identifie des flux et des axes de déplacement qui favorisent, dans plusieurs régions, une orientation est-ouest dirigée vers Byzance plutôt qu’un centrage systématique sur Rome.
Le projet combine données archéologiques et modèles géographiques pour restituer la connectivité entre cités et régions. En considérant la densité des liaisons et la facilité des trajets, le modèle met en évidence des corridors privilégiés qui servaient tant les échanges commerciaux que la circulation administrative et militaire. Ce type d’analyse permet de dépasser la simple carte statique en soulignant la structure fonctionnelle du réseau : certains itinéraires orientaient naturellement les mouvements vers l’Orient méditerranéen.
La découverte n’efface pas le rôle central de Rome comme capitale politique et symbolique, mais nuance la perception d’un réseau entièrement convergent vers un seul pôle. Les implications sont multiples pour les historiens et les archéologues : elles invitent à repenser les logiques d’intégration provinciale, les circuits commerciaux et la circulation des personnes et des idées à l’échelle de l’Empire. Le constat d’un ancrage fort de certains axes vers Byzance éclaire aussi la place grandissante des provinces orientales dans les dynamiques impériales.
Au-delà de la seule correction d’un adage populaire, iItiner-e offre un outil pour réévaluer cartes, itinéraires et priorités anciennes à la lumière de l’analyse spatiale. Les travaux en cours devraient affiner la granularité des reconstitutions et enrichir notre compréhension des réseaux de communication antiques, ouvrant la voie à de nouvelles lectures sur la mobilité et la gouvernance dans l’Antiquité tardive.




