Monique Canto‑Sperber alerte sur ce qu’elle décrit comme une disparition progressive de la culture française, et singulièrement de la culture écrite. Dans un ouvrage récemment paru, la philosophe examine les transformations éducatives, communicatives et technologiques qui, selon elle, remodèlent les habitudes de lecture et d’échange. Son analyse se concentre moins sur des faits chiffrés que sur l’évolution des pratiques scolaires, médiatiques et numériques qui structurent aujourd’hui la vie publique.
PISA figure dans son diagnostic comme un repère externe: les résultats du classement international servent, pour elle, à confirmer une tendance générale vers une moindre maîtrise des formes écrites et de la lecture approfondie. Elle relie ces constats à la place qu’occupe désormais l’immédiateté — réseaux sociaux et flux d’information rapides — et observe que ces phénomènes peuvent réduire l’espace nécessaire à la réflexion collective et au débat argumenté.
La philosophe identifie aussi l’intelligence artificielle comme un facteur récent intensifiant la rupture avec des pratiques textuelles traditionnelles. Plutôt que de la considérer seulement comme une opportunité technique, elle pointe son impact possible sur la façon dont les savoirs sont produits, diffusés et appropriés. Dans cette perspective, la perte de formes littéraires et discursives communes fragilise la capacité des citoyens à partager un horizon commun de références et à débattre sur des bases partagées.
L’ouvrage invite ainsi à s’interroger sur les conséquences institutionnelles et culturelles de ces évolutions: quel rôle pour l’école, pour les institutions culturelles et pour les médias afin de préserver des capacités de lecture critique et de débat collectif? Sans proposer de solutions clé en main, la réflexion met en lumière l’enjeu démocratique que représente la transmission des pratiques écrites et appelle à une attention renouvelée des acteurs publics et civiques sur ces questions.




