Romeo Castellucci met en images l’œuvre lyrique d’Olivier Messiaen en donnant une forme visuelle au drame consacré à Saint François d’Assise. La démarche s’inscrit dans la continuité du travail du metteur en scène italien, qui privilégie depuis plusieurs décennies une écriture scénique centrée sur l’image, le geste et la matérialité. Cette version propose au public une lecture qui fait dialoguer la puissance musicale de Messiaen avec un langage plastique et visuel affirmé.
Saint François d’Assise, créé en 1983, appartient au répertoire moderne du XXe siècle et se distingue par sa dimension spirituelle et son orchestration exigeante. L’œuvre interroge la figure de François d’Assise et ses thèmes de foi, pauvreté et contemplation, et nécessite des moyens scéniques et musicaux hors norme. La mise en scène contemporaine tente de rendre perceptible cette intensité intérieure en la traduisant sur un plan visuel, sans réduire la portée musicale qui reste le moteur dramatique du spectacle.
Le parcours artistique de Castellucci est caractérisé par un travail sur la juxtaposition d’images fixes et en mouvement, ainsi que par une attention portée à la matérialité des objets et des corps sur scène. Transposer une partition aussi singulière que celle de Messiaen oblige à réfléchir au rapport entre son et image, entre le mystère musical et la lisibilité scénique. Cette approche pose des questions esthétiques sur la fidélité à la lettre de la partition et sur la possibilité d’une lecture nouvelle qui privilégie l’expérience sensorielle et visuelle du spectateur.
Au-delà de la performance elle‑même, cette rencontre entre théâtre d’art et opéra religieux engage un débat culturel plus large sur la place du sacré dans les arts contemporains et sur la manière dont les grandes œuvres du XXe siècle sont réinvesties aujourd’hui. La proposition invite le public à réexaminer la relation entre écoute et regard, et témoigne de l’intérêt persistant pour des formes artistiques qui cherchent à renouveler la lecture d’un patrimoine musical exigeant sans pour autant l’asservir à une reconstitution historiquement neutre.




