La conférence mondiale sur l’intelligence artificielle, devenue un rendez-vous traditionnel et qui rassemble des milliers de participants du secteur, a ouvert ses portes vendredi 17 juillet à Shanghai en Chine. Le numéro 1 chinois Xi Jinping s’y est exprimé à l’ouverture. Il appelle à la coopération et à la régulation de l’IA pour qu’elle reste sous le contrôle de l’humain. C’est que l’intelligence artificielle est devenue un enjeu géopolitique.
Accéder à l’intelligence artificielle est devenu aussi important que d’accéder à des ressources naturelles comme le pétrole ou l’eau. Le point de bascule, le moment où tout le monde s’en est aperçu, c’était au début du mois dernier, quand le gouvernement américain a demandé à l’entreprise spécialisée Anthropic de limiter et même d’interdire l’accès de ses modèles les plus récents aux non-Américains. L’interdiction a été levée depuis, mais entre-temps, OpenAI a accepté de faire valider ses derniers modèles par l’État fédéral. Une révolution dans un secteur où jusqu’ici régnait le principe de libre entreprise, régulé par la loi de la jungle.
Résultat : une course aux modèles d’intelligence artificielle en libre accès. Ils sont principalement chinois comme Zhipu AI. La Chine est l’autre pays géant du secteur avec les États-Unis. Et à l’image des initiatives de Washington, elle va réfléchir à une manière de limiter l’accès à ses modèles les plus performants. C’est un équilibre subtil à trouver entre souveraineté, parts de marché et influence.
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Régulation et gouvernance
Dans ces conditions, il devient urgent pour les autres de se renforcer dans ce secteur. On pense évidemment aux Européens, qui, en dehors du français Mistral, n’ont pas vraiment de spécialistes du secteur et sont encore très loin de l’autonomie en matière numérique. Ils ne partent donc pas tout à fait de zéro, mais ils partent de très loin et sont clairement dépendants de ce qui se fait ailleurs.
Des pays entiers pourraient se retrouver victimes de l’IA. En 2024, le Fonds monétaire international estimait par exemple qu’un quart des emplois indiens sont menacés par les modèles d’IA conversationnels, notamment dans le secteur clé de la sous-traitance informatique.
Cela pose aussi des questions de gouvernance de l’IA. À ne pas confondre avec une éventuelle régulation du marché de l’IA. La gouvernance, ce sont les règles de fonctionnement qui font que les intelligences artificielles n’échappent pas à leurs créateurs. Si l’on en croit les chercheurs spécialistes du secteur, c’est un risque bien réel en ce qui concerne les modèles de recherche, ceux qui sont développés dans les laboratoires des géants du secteur. Appelée l’« IA de frontière », son potentiel en termes de cyberattaques ou de codage informatiques est impressionnant et pourrait rapidement dépasser les capacités humaines, soit un scénario digne du film Terminator, lorsque la créature échappe à son créateur.
Participation, nationalisation
Enfin, l’enjeu est aussi économique, donc de pouvoir. Les chiffres donnent le tournis. On parle des montants des levées de fonds et d’investissements des spécialistes de l’IA. Lorsque des sommes sont très importantes, cela attire l’attention notamment des États. Sam Altmann, patron d’OpenAI, évoque une prise de participation de l’État fédéral américain pour qu’il puisse profiter du gâteau. S’il l’évoque, c’est qu’il sait que cela pourrait lui coûter beaucoup plus cher que cela.
La révolte anti-IA pour des raisons de coûts économiques et écologiques trop élevés devient un sujet politique dans la campagne américaine pour les élections de mi-mandat. Le sénateur Bernie Sanders propose la constitution d’un fonds souverain qui s’emparerait de 50 % du capital des géants du secteur. Autrement dit, une sorte de nationalisation. Et pour les techno-barons du trumpisme actuellement aux manettes, ce serait cela, le vrai scénario post-apocalyptique.
Source:
www.rfi.fr




