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Le soir des adieux: quelle trace Didier Deschamps va-t-il laisser comme sélectionneur de l'équipe de France?

Didier Deschamps va officiellement tirer sa révérence après le match pour la troisième place de la Coupe du monde 2026 face à l’Angleterre, ce samedi (23h, heure française). Retour sur les 14 ans du sélectionneur à la tête des Bleus, un long mandat rythmé par les succès, les remises en question… et les critiques.

Il a officiellement été nommé à la tête de l’équipe de France le 8 juillet 2012, un peu moins de 15 jours après le parcours sans relief de l’équipe de France à l’Euro. En Pologne et en Ukraine, les Bleus de Laurent Blanc, sortis par l’Espagne au terme d’un quart de finale largement dominé par le champion du monde en titre, avaient au moins eu le mérite de faire oublier la terrible aventure de Knysna deux ans plus tôt. Mais sportivement, la sélection tricolore semblait alors à des années-lumière des sommets du foot mondial.

Quatorze ans après avoir pris le commandement de ce qui n’était pas loin d’un champ de ruine, Didier Deschamps s’apprête à quitter la tête d’une sélection dont il a indéniablement redoré le blason. Mais le parcours du Basque sur le banc des Bleus a également été jalonné de remises en question… et de critiques.

• France-Ukraine 2013, le soir où tout aurait pu s’arrêter

Au soir de ce 15 novembre 2013, les fantômes du passé et des récents échecs des Bleus ne sont pas loin de ressurgir. À Kiev, les hommes de Didier Deschamps s’inclinent lors du barrage aller pour la Coupe du monde 2014 face à l’Ukraine au terme d’une prestation indigente. Battus 2-0, les Bleus sont contraints à l’exploit au match retour pour espérer être du voyage au Brésil.

Quatre jours plus tard, les Tricolores renversent l’Ukraine au Stade de France au terme d’une soirée entrée dans la légende (3-0). L’acte fondateur du mandat de Deschamps sur le banc des Bleus. « Je ne serais certainement pas en train de vous parler en tant que sélectionneur si nous ne nous étions pas imposés face à l’Ukraine », a confié Deschamps plusieurs années plus tard, en octobre 2020. « C’est un moment charnière qui a conditionné la suite pour un groupe en train de se construire. Tout aurait pu s’arrêter. »

Les Bleus fêtent leur sélectionneur Didier Deschamps après leur victoire en barrages du Mondial-2014 contre l’Ukraine, au Stade de France, le 19 novembre 2013 © KENZO TRIBOUILLARD © 2019 AFP

• La Coupe du monde 2014, la première pierre

Après cette immense frayeur en plein cœur de l’automne 2013, les Bleus sont donc bien au rendez-vous du Mondial brésilien à l’été 2014. En poules, Karim Benzema et ses coéquipiers dominent le Honduras (3-0) puis la Suisse (5-2) pour valider une qualification plutôt tranquille en huitièmes de finale. Face au Nigeria (2-0), la France remporte son premier match de phase finale depuis la Coupe du monde 2006.

En quarts, la marche est un peu trop haute face à l’Allemagne, future championne du monde, qui l’emporte grâce à un but de la tête de Mats Hummels (13e minute). Les larmes coulent sur le visage du jeune Antoine Griezmann, mais les Bleus sortent la tête haute.

Didier Deschamps et ses joueurs lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil face à l'Allemagne en quarts de finale - le 4 juillet 2014
Didier Deschamps et ses joueurs lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil face à l’Allemagne en quarts de finale – le 4 juillet 2014 © AFP

• L’Euro 2016, le déchirement

Dix-huit ans après le titre mondial de 1998, l’équipe de France dispute une nouvelle grande compétition à domicile. En quatre ans de mandat de Didier Deschamps, les Bleus ont renoué avec leur public. Cette union entre tout un pays et sa sélection est scellée au fil du parcours des Bleus dans cet Euro 2016. La France prend sa revanche sur l’Allemagne en demi-finale et atteint la finale face au Portugal.

Au Stade de France, les Bleus manquent leur rendez-vous avec l’histoire et sont crucifiés en prolongation par un but d’Eder. Un déchirement. « 2016 en France, ça fait mal, car on n’avait plus gagné de titre depuis 2000 », regrettait encore Deschamps auprès d’Ouest-France il y a quelques semaines, juste avant le début de cette Coupe du monde 2026.

Didier Deschamps lors de la finale de l'Euro 2016 perdue par la France contre le Portugal (0-1, a.p.), le 10 juillet 2016
Didier Deschamps lors de la finale de l’Euro 2016 perdue par la France contre le Portugal (0-1, a.p.), le 10 juillet 2016 © Dave Winter/ICON Sport

• La Coupe du monde 2018, le couronnement

Le Mondial 2018 commence pourtant dans le doute. Avant la compétition, de nombreux observateurs poussent pour que Deschamps aligne un trio offensif Ousmane Dembélé-Antoine Griezmann-Kylian Mbappé. Ce sera chose faite lors du match d’ouverture face à l’Australie, péniblement remporté grâce à un CSC australien à la 80e (2-1).

Pour la suite de la compétition, « DD » revient à une compo en 4-2-3-1, avec Blaise Matuidi positionné ailier gauche. Un coup tactique payant qui fait de la France une machine à gagner sur le reste de la compétition. Solides, plus que jamais pragmatiques et portée par des individualités au sommet (Varane, Pogba, Kanté, Griezmann) ou émergentes (Mbappé), les Bleus sont sacrés champions du monde. Déjà titré en tant que capitaine en 1998, Deschamps accroche une deuxième étoile à son palmarès.

Didier Deschamps lors de la finale de la Coupe du monde 2018.
Didier Deschamps lors de la finale de la Coupe du monde 2018. © Iconsport

• 2021, la surprise Benzema… puis le pire souvenir de Deschamps

Pour l’Euro 2021, les Bleus s’avancent en grands favoris de la compétition et rêvent de réitérer le doublé Coupe du monde-Euro, comme en 1998 et 2000. Tous les espoirs sont permis, d’autant plus avec la sensation du retour de Karim Benzema en sélection. À l’époque, l’attaquant n’est plus apparu sous le maillot tricolore depuis 2015, payant l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena puis ses propos à l’encontre du sélectionneur (« Didier Deschamps a cédé à une partie raciste de la France », NDLR).

Avec le retour de celui qui sera sacré un an plus tard Ballon d’or, la France se présente avec une armada sur la ligne de départ de cet Euro. Mais leur parcours s’arrête brutalement dès les 8es de finale au terme d’une défaite rocambolesque face à la Suisse. Alors qu’ils menaient 3-1 jusqu’à la 81e, les Bleus sont amenés en prolongation et finissent par s’incliner aux tirs au but (3-3, 4 tab. à 5). Un scénario que Deschamps décrit comme son pire souvenir à la tête des Bleus.

« Le jour où j’ai le plus souffert dans mon métier de sélectionneur? C’est lié aux résultats, donc c’est lorsqu’on a été éliminés à l’Euro 2021 même si on a bien relevé la tête en gagnant la Ligue des nations après », a tranché Deschamps il y a quelques semaines. « Cette élimination ne doit pas nous arriver, mais ça nous est arrivé, car on n’a pas fait ce qu’il fallait. »

Le sélectionneur français Didier Deschamps au milieu de ses joueurs après l'élimination en 8e de finale de l'Euro contre la Suisse le 28 juin 2021 à Bucarest
Le sélectionneur français Didier Deschamps au milieu de ses joueurs après l’élimination en 8e de finale de l’Euro contre la Suisse le 28 juin 2021 à Bucarest © FRANCK FIFE © 2019 AFP

• La Coupe du monde 2022, un non-match en finale… puis un scénario de légende

Le Mondial qatari est le théâtre d’un nouveau feuilleton autour de Karim Benzema. L’attaquant quitte les Bleus en catimini au début de la compétition dans des circonstances qui restent encore très floues. Tenante du titre, la France parvient tout de même à se hisser jusqu’en finale.

Face à l’Argentine, les Bleus, apathiques et complètement débordés par l’Albiceleste, passent d’abord à côté de leur sujet pendant près de 80 minutes. Deschamps cherche désespérément la solution et sort même Olivier Giroud et Ousmane Dembélé dès la 41e minute puis Antoine Griezmann à la 71e. Le salut vient finalement de Mbappé, auteur d’un triplé pour porter une équipe finalement crucifiée aux tirs au but. Six ans après le goût d’inachevé de la finale perdue face au Portugal, Deschamps et son groupe sont cette fois applaudis par la majorité des fans et des observateurs pour ce match de légende.

Didier Deschamps lors de la finale de la Coupe du monde 2022, le 18 décembre 2022.
Didier Deschamps lors de la finale de la Coupe du monde 2022, le 18 décembre 2022. © Iconsport

• L’Euro 2024, les critiques au bout de l’ennui

En termes d’émotions et de sensations fortes, les fans des Bleus redescendent brutalement sur Terre deux ans plus tard. À l’Euro, les vice-champions du monde se hissent jusqu’en demi-finale (défaite face à l’Espagne) mais sont raillés pour leur jeu. « La France gagne moche », résume la presse européenne après la victoire au forceps face à la Belgique en 8e de finale.

En Allemagne, il faut attendre le dernier match des Bleus pour assister au premier (et unique) but dans le jeu d’un joueur tricolore. Avant cela, les Français avaient dû se contenter de deux CSC et d’un but de Mbappé sur penalty. Durant cet Euro, Deschamps passe le cap symbolique des 100 victoires à la tête de l’équipe de France, mais la manière est plus que jamais discutée.

Le sélectionneur Didier Deschamps lors de France-Belgique à l'Euro, le 1er juillet 2024
Le sélectionneur Didier Deschamps lors de France-Belgique à l’Euro, le 1er juillet 2024 © Icon Sport

• La Coupe du monde 2026, l’euphorie… puis l’immense déception

Tandis que de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer la longueur du mandat de Deschamps, qui, selon ses détracteurs, s’accroche désespérément à son poste malgré une sélection qui s’essouffle, le technicien annonce en janvier 2025 son départ à l’issue de la Coupe du monde 2026.

Pour ce Mondial nord-américain, deux ans après le soporifique Euro 2024, Deschamps donne une identité bien plus offensive à son équipe, quitte à renier ses principes et son ADN. Durant toute la compétition, la force de frappe offensive des Bleus, emmenés par le trio Mbappé-Olise-Dembélé, impressionne la planète football. Jusqu’au crash dans les grandes largeurs en demi-finale face à l’Espagne en début de semaine (2-0).

Didier Deschamps après la demi-finale de Coupe du monde France-Espagne le 14 juillet 2026 à Dallas
Didier Deschamps après la demi-finale de Coupe du monde France-Espagne le 14 juillet 2026 à Dallas © Johnny Fidelin/Icon Sport

Devenu le sélectionneur le plus capé de l’histoire de la Coupe du monde durant le tournoi, Deschamps termine sur une désillusion. Salué tout au long de la compétition pour sa capacité à se réinventer, il conclut ce mandat de 14 ans en étant propulsé au centre des critiques. « Didier Deschamps paie le prix de s’être libéré de ses chaînes qui l’ont mené à la gloire », résume The Guardian.

À l’heure du bilan, le palmarès de Deschamps et sa capacité à avoir ramené les Bleus au sommet en normalisant les présences dans le dernier carré des grandes compétitions parlent pour lui. Mais l’immense déception de cette Coupe du monde 2026, consécutive à deux Euro manqués, interroge. « Pour moi, il est resté trop longtemps pour que le bilan soit exceptionnel », a jugé Jérôme Rothen jeudi sur RMC. « Dix ans, c’est déjà long. Sur ses six premières années, son travail a été monstrueux. S’il s’était arrêté en 2018 ou en 2021, le bilan aurait été exceptionnel. » Deschamps a un dernier match, ce samedi face à l’Angleterre à l’occasion de la petite finale, pour partir sur une note un peu moins amère.


Source:

rmcsport.bfmtv.com

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