AccueilPolitiqueInégalités femmes-homme : des politiques publiques inadaptées aux Outre-mer

Inégalités femmes-homme : des politiques publiques inadaptées aux Outre-mer

En France, 10% des violences intrafamiliales et 11% des féminicides sont concentrés dans les territoires ultramarins. Un paradoxe puisque ces départements et régions sont moins peuplées que l’Hexagone. Des chiffres mis en évidence dans un nouveau rapport sur les inégalités femmes-hommes dans les Outre-mer. Son autrice, l’ancienne députée Aude Luquet, alerte sur le manque d’adaptation des politiques publiques en la matière.

Publié le : 22/07/2026 – 19:30


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Si les dispositifs existent, ils sont encore largement pensés et appliqués de la même manière sur tout le territoire national. Sauf que, comme le souligne Aude Luquet, aujourd’hui coordinatrice interministérielle, les réalités de vie quotidienne sont différentes entre l’Hexagone et La Réunion, la Martinique, la Guyane ou encore Mayotte. « Lorsqu’on est une femme victime de violence par exemple, c’est encore plus difficile de se rendre auprès des associations parce qu’on est éloignée de tout. L’insularité, voire la double insularité, est un frein dans ce cas-là. En Polynésie, archipel qui compte une multitude d’île, il n’y a pas de gendarmerie ou d’antennes associatives sur toutes les îles ». 

Des particularités démographiques et socio-économiques 

Dans les territoires ultramarins, 1 famille sur deux est une famille monoparentale. Dans l’écrasante majorité des cas une femme seule avec son ou ses enfants. « C’est une réalité structurelle qu’il faut prendre en compte car elles sont davantage exposées à la précarité. Il y a par exemple peu de solutions de garde d’enfants ». Les opportunités de travail sont aussi plus rares que dans l’Hexagone. L’autonomie financière devient de facto plus difficile à atteindre. « L’idée c’est de trouver les moyens de s’émanciper. On le sait, aujourd’hui, avoir les moyens de vivre, c’est un levier de prévention contre toutes les violences et les précarités ».

Des besoins spécifiques 

Pour Pascale Benouet-Terro, qui est présidente de l’association Solidarité Femme de Guadeloupe: toutes ces questions ne sont pas soulevées lorsqu’on applique dans l’archipel une politique publique pensée depuis Paris. « Chez nous, il faut aussi déconstruire le mythe du ‘potomitan’, celle qui doit tout gérer toute seule. On n’est pas encore très bon pour aborder ces personnes sous ces angles-là ». 

Avec son équipe de bénévoles, elle se rend notamment dans les zones rurales dépourvues de structures. Cela permet de se rendre compte des besoins spécifiques de certaines femmes. A sa grande surprise, l’association travaille beaucoup avec des publics âgés. « ​​​​​​​Il y a beaucoup de femmes de 70, 75, 80 ans qui participent à nos ateliers. Elles ont été victimes de violences, s’en sont sorties un peu malgré elles et maintenant qu’elles se retrouvent veuves, elles parlent de ses violences. Elles ont aujourd’hui ce besoin de vivre et de comprendre ce qui leur est arrivé ». Un phénomène nouveau qui démontre l’importance d’être proche du terrain pour façonner les politiques publiques du terrritoires 

Manque de moyens général 

Les territoires ultramarins n’échappent pas non plus au manque de moyens alloués aux services de l’État et aux associations observé dans l’ensemble du pays. « À Mayotte, raconte Aude Luquet, l’opérateur du 3919  (ligne d’écoute nationale dédiée aux femmes victimes de violences, n’a pendant longtemps pas été accessible pour les femmes mahoraises ».  

En Guadeloupe, il n’existe pas de ligne uniquement dédiée au 3919. Lorsqu’une femme compose ce numéro, son appel est dispatché sur les lignes téléphoniques des associations partenaires, dont Solidarité Femmes. « ​​​​​​​Sur 30 appels que j’ai sur le portable de l’association, 5 sont des appels 3919. Mais comme notre ligne ne sert pas qu’à cela, qui me dit que certains appels du 3919 ne sont pas télescopés parce que je suis en communication avec une personne qui appelle pour autre chose ? », s’inquiète Pascale Benouet-Terro. Autre problème, seuls des bénévoles sont au bout du fil. « Nous n’avons pas de professionnels et nous ne pouvons pas faire de 24h sur 24. Il y a donc des plages horaires où nous sommes injoignables ».  

Pas assez de structures 

En Guadeloupe, une maison des femmes a été créée il y a un peu plus d’un an. Elle donne accès à la police, la gendarmerie, au psychologue, au médecin et à l’éducateur spécialisé. «Tout ça c’est très bien. Maintenant il en faut une deuxième », sourie la présidente de Solidarité Femmes. « ​​​​​​​Sur un territoire de 450 000 habitants,une seule maison des femmes ça n’est pas suffisant. Mais c’est déjà une belle avancée ».  

En matière de coordination des acteurs, les choses avancent doucement. « ​​​​​​​On a créé le réseau VIF (Violences intrafamiliales) à partir d’une volonté du Conseil départemental pour réunir tous les acteurs, associations comme institutionnels, pour qu’on puisse penser les problématiques ensemble et savoir qui fait quoi sur le territoire », se rejouit-elle.  

Sur les structures d’accueil et d’hébergement par contre, la professionelle du médico-social constate un manque criant. « ​​​​​​​Et surtout sur l’hébergement spécifique. Nous avons par un exemple un public de femmes issue de l’immigration qui n’ont pas leurs papiers. Pour elles, nous n’avons aucune solution ». 

Pas de données, pas d’évaluation 

Dans son bureau parisien, de retour de mission, Aude Luquet continue de travailler sur les inégalités dont elle dresse le bilan dans son premier rapport, transmis denrièrement aux ministères des Outre-mer et de l’égalité femmes-hommes. L’urgence, pour elle: l’évaluation précise des politiques publiques. « Si ça fonctionne, on continue, sinon il faut avoir l’honnêteté de reconnaitre que l’on s’est trompé ».  

Problème: très peu de chiffres sont disponibles et les indicateurs utilisés ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre. « Je ne sais pas expliquer la cause de ce manque de données. A Saint-Martin ou à Saint-Barthélémy par exemple, il n’y a aucun chiffre. Et sans cela, il ne peut y avoir d’évaluations des politiques publiques. Et ce sont elles qui doivent nous aider à prendre des décisions ». Encore aujourd’hui, les territoires ultramarins sont les grands absents des statistiques et enquêtes nationales.

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Source:

www.rfi.fr

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