Passer son examen à midi plutôt qu’à 8 heures du matin ne relève
pas seulement d’un caprice d’étudiant. À l’Université de Messine,
en Italie, une analyse de 104 552 examens oraux a
montré que la probabilité de réussite varie nettement selon
l’heure, avec un pic spectaculaire autour de la mi-journée. De quoi
reposer la question de la meilleure heure de la journée
pour passer un examen, mais aussi pour être jugé de façon
équitable.
Sur l’ensemble de ces épreuves, menées entre octobre 2018 et
février 2020, environ 57 % des étudiants ont obtenu une note
suffisante. Autour de midi, ce taux grimpait à plus de 70 %, alors
qu’il restait proche de 53 % tôt le matin ou en fin d’après-midi.
L’étude, publiée dans la revue Frontiers in Psychology, suggère que
ce n’est pas seulement la performance de l’étudiant qui change,
mais aussi le regard de l’évaluateur. Les auteurs évoquent des
effets possibles sur d’autres décisions à fort enjeu, comme les
entretiens d’embauche.
Ce que montre l’étude sur la meilleure heure de la journée pour
passer un examen
À l’Université de Messine, les chercheurs ont exploité un
dispositif presque idéal : les examens oraux sont planifiés à des
heures fixes, sans que les étudiants puissent choisir leur créneau.
« Les examens oraux sont planifiés à des heures fixes dans les
universités italiennes et durent en général dix à trente minutes
par personne », explique Carmelo Mario Vicario, directeur du
laboratoire de neurosociocognition de l’université. « Il n’existe
pas de format standardisé : les professeurs posent des questions
sur le contenu des cours et attribuent les notes sur place »,
précise-t-il.
Les auteurs ont exclu la période Covid pour ne garder que les
épreuves en présentiel. La distribution des réussites suit une
courbe en cloche presque parfaite : faible entre 8 h et 10 h, elle
monte progressivement, atteint un maximum vers 12 h (environ 72 %
de réussite), puis redescend entre 15 h et 17 h. Les chercheurs ne
revendiquent pas une causalité démontrée, mais ce grand volume de
données donne du poids à l’idée que l’heure de la journée module à
la fois la performance et la sévérité de l’évaluation.
Rythme circadien, chronotype et sévérité du jugement
Le rythme circadien est l’horloge biologique interne qui règle
l’alternance veille-sommeil et de nombreuses fonctions sur environ
24 heures. Dans cette étude, les étudiants, en majorité jeunes
adultes souvent « couche-tard », ont probablement atteint leur plein
niveau de vigilance plutôt en fin de matinée qu’à 8 h. Les
enseignants, eux, appartiennent surtout à la tranche 40–60 ans,
plus fréquemment « du matin ». Ils seraient alors plus éveillés et
cognitivement plus affûtés tôt, donc potentiellement plus exigeants
sur les premières copies, puis un peu plus indulgents quand la
fatigue apparaît à la mi-journée.
Les auteurs rapprochent leurs résultats d’une étude de 2011
montrant que des juges accordaient davantage de libérations
conditionnelles le matin ou juste après une pause repas que plus
tard dans la journée, ce qui suggère que les décisions humaines
fluctuent avec le moment où elles sont prises. « Nos résultats ont
une portée très large », déclare le neuroscientifique Alessio
Avenanti. « Ils montrent comment les biorythmes peuvent influencer,
de manière subtile mais nette, l’issue d’évaluations où beaucoup de
choses se jouent ». L’équipe souligne que ces effets peuvent rendre
les processus décisionnels « dramatiquement » dépendants de
l’heure.
Examens, entretiens d’embauche : que
faire de cette information ?
Pour limiter ces biais temporels, les chercheurs recommandent
que les établissements planifient les évaluations décisives entre
la fin de matinée et le début d’après-midi, quand les chances de
réussite sont les plus hautes et les plus stables. Cette plage 11
h–13 h apparaît comme une fenêtre raisonnablement « neutre » pour
concilier état d’éveil des candidats et moindre sévérité possible
des examinateurs. L’enjeu est moins de « gonfler » artificiellement
les notes que de rapprocher les conditions d’un traitement
égalitaire entre les différents créneaux.
Les implications dépassent les amphithéâtres. « Nous pensons que
ces profils de performance s’étendent aussi aux entretiens
d’embauche », indique Carmelo Mario Vicario. « Nous serions très
intéressés à étudier si les décisions de recrutement varient, selon
l’heure de la journée, en termes d’équité et de résultats ». En
attendant d’autres travaux, si vous avez la possibilité de choisir
l’horaire d’un examen, d’un concours ou d’un entretien, viser la
mi-journée paraît un pari raisonnable ; et si ce n’est pas
possible, un sommeil suffisant, un réveil anticipé, un court
échauffement mental et quelques minutes de marche avant l’épreuve
peuvent au moins rapprocher votre organisme de son meilleur niveau,
quelle que soit l’heure imposée.
Source:
www.topsante.com




