Forêts en flammes, ruines noircies, pompiers en action, habitants hagards… Les photos se suivent et se ressemblent ce matin dans la presse européenne.
C’est « le plus grand incendie de notre histoire », s’exclame El Pais à Madrid, et « il continue de faire rage. » Le feu qui embrase la province d’Avila aux portes de la capitale espagnole a déjà ravagé 50 000 hectares.
En France, relève Le Parisien, « plusieurs incendies massifs sont toujours en cours dans le sud : dans les Landes, le Var et surtout en Gironde où le feu continue de se diriger vers Bordeaux. Plus de 250 000 personnes ont, pour l’heure, été évacuées dans l’Hexagone ».
Impuissants ?
Alors, « le feu fascine et terrorise, pointe Le Figaro. Devant le spectacle des flammes immenses qui forment une danse macabre entre les arbres, chacun se sent tout petit et hypnotisé à la fois. L’homme a conquis l’espace, vaincu bien des maladies, il a créé une intelligence plus efficace que la sienne. Mais devant cet élément, le feu, comme devant l’eau (les inondations), ou la terre (les séismes), il est soudain ramené à sa simple mesure : que pèse-t-il devant la nature déchaînée ? Il n’est pas de taille, au moins à court terme. Alors sommes-nous impuissants ? », s’interroge Le Figaro. « Les incendies de l’été ont de quoi faire réfléchir : 90 % des départs de feu sont d’origine humaine : imprudence, inconséquence et, hélas, aussi parfois acte volontaire d’un pyromane. Les conséquences écologiques, économiques, humaines sont dramatiques. Tous les coupe-feu et tous les accès à l’eau resteront dérisoires si chacun ne prend pas conscience d’une chose : la beauté et la richesse des régions françaises sont entre nos mains. Pas seulement celles des pouvoirs publics : les nôtres ».
Pessimisme ?
« Que se passera-t-il après ? », s’interroge justement Libération. Saurons-nous prendre la mesure de cet événement estival 2026 ? Ou est-ce que le chœur qui entonnera comme d’habitude un « plus jamais ça » sera vite étouffé par les chants des sirènes qui préféreront repartir comme en 40. (…) L’humeur politique n’incite pas à être optimiste sur la capacité de nos dirigeants à penser les évolutions rendues nécessaires par un tel événement, soupire le journal. L’humeur est plutôt à la conservation, voire à la réaction et au repli. Pas top pour penser un avenir différent ». Et une « deuxième question enfonce ce clou un brin pessimiste, poursuit Libération : elle concerne justement ce savoir-faire français quand il s’agit de gérer l’urgence. Cette même machine administrative, ce même appareil d’État, si efficaces depuis quatre jours dans la gestion de l’urgence, seront-ils aussi précieux quand il faudra penser le changement ? »
Refondation ?
Un changement qui est absolument nécessaire, vital, même, estiment dans les colonnes du Monde, la philosophe Cynthia Fleury et le maire de Saint-Médard-en-Jalles près de Bordeaux, Stéphane Delpeyrat-Vincent : « les incendies qui frappent aujourd’hui le massif des Landes de Gascogne ne sont pas seulement des accidents climatiques, écrivent-ils. Ils interrogent un modèle historique. Cette immense forêt, la plus vaste forêt plantée d’Europe, est une œuvre humaine autant qu’un paysage naturel. Elle est le produit d’une histoire économique, d’un choix d’aménagement, d’une manière de concevoir le territoire. Ce qui brûle aujourd’hui n’est donc pas seulement une forêt, pointent les deux auteurs, mais une manière d’habiter le territoire qui n’est plus possible. Parce qu’elle a été construite, cette forêt peut être repensée. Les mégafeux nous rappellent que la question n’est plus seulement celle de la reconstruction après l’incendie, mais celle de la refondation : quelles essences sont à privilégier pour résister au réchauffement climatique, quelles interfaces entre les espaces habités et les espaces forestiers faut-il préserver, quelles continuités écologiques renforcer ? »
« Le feu, un problème d’État », renchérit El Mundo à Madrid. « Le climat évolue rapidement et les pays méditerranéens sont particulièrement vulnérables à cette transformation, ce qui nous oblige à nous préparer à un nouveau type d’incendie jusqu’alors inconnu. Cela exige une action sur plusieurs fronts, estime le quotidien espagnol, de la gestion des terres à l’utilisation de technologies de pointe, action qui ne peut être menée à bien qu’avec un leadership étatique efficace et une coopération sans faille entre tous les niveaux gouvernementaux ».
Source:
www.rfi.fr




