À gauche: des talibans assistent à une cérémonie organisée par le ministère taliban de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice à Kaboul, en Afghanistan, le 24 mars 2022. À droite: Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères, à la Chambre, Bruxelles, le 11 juin 2026.
La Belgique a reçu les trois premières demandes de visa destinées à une délégation du régime taliban et en attendait encore deux autres, a indiqué mercredi le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, en commission de la Chambre. Le chef de la diplomatie a affirmé qu’il désapprouvait cette invitation faite par la Commission européenne mais qu’il ne pouvait s’y opposer.
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En mai, la Commission européenne a annoncé son “intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan”. La Commission martèle que cette réunion se déroulera à un “niveau technique” et pas directement avec les leaders du gouvernement. Mais cette initiative suscite l’indignation d’ONG, en raison des atteintes aux droits humains perpétrées par le régime taliban. Elle implique en outre de dialoguer avec les autorités talibanes, de retour au pouvoir depuis 2021, mais que l’UE ne reconnaît pas officiellement.
Prévot désapprouve, mais ne peut s’y opposer
“Je désapprouve personnellement la démarche d’inviter des représentants du régime des Talibans à Bruxelles. Je n’accepterai pas que le gouvernement belge invite en son propre nom des représentants du régime des Talibans sur notre territoire”, a souligné M. Prévot en réponse à une question de Lydia Mutyebele-Ngoi (PS).
Mais en tant que pays hôte d’institutions comme celles de l’Union européenne, la Belgique ne peut refuser des invitations adressées par celles-ci à des représentants de régimes qu’elle ne reconnaît pas, a fait remarquer M. Prévot.
“Si la Belgique venait à se prononcer sur l’opportunité des invitations que les institutions européennes ou autres institutions internationales présentes sur son territoire adressent dans le cadre de leurs activités, nous risquerions d’affaiblir la position de Bruxelles en tant que capitale internationale et diplomatique. Notre politique de siège nous impose de faciliter les réunions organisées par les institutions européennes et de ne pas créer d’obstacles à la tenue de celles-ci”, a-t-il expliqué.“Notre rapport au régime en place ne doit pas entrer en ligne de compte dans le traitement des demandes de visas”, a-t-il ajouté.
“Un précédent dommageable”
Mercredi matin, des militants de plusieurs associations (Amnesty International, CNCD 11-11-11, Fédération internationale des droits de l’homme, etc.) se sont réunis sur la place du Trône à Bruxelles pour dénoncer cette visite. L’avocat Alexis Deswaef a réclamé l’arrestation immédiate des délégués du régime taliban.
Dans l’opposition, Mme Mutyebele-Ngoi s’est inquiétée d’un “précédent dommageable” pour la Belgique et l’UE. “Comment peut-on justifier que l’Union européenne sanctionne le régime taliban pour des violations graves des droits humains tout en accueillant ses représentants à Bruxelles”, a-t-elle demandé.
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