Dans les années 1990, la Turquie noua une coopération avec la Chine en signant un accord avec la CPMIEC [Chinese Precision Machinery Import and Export Corporation] pour permettre à Roketsan de mettre au point le missile balistique à courte portée J-600T Yıldırım à partir du B-611 chinois. Cet engin fut officiellement déclaré au registre des armes des Nations unies en 2007, soit six ans après sa mise en service.
Depuis, Ankara a poursuivi le développement de ses capacités de frappe dans la profondeur avec le Tayfun, dont l’existence fut révélée en octobre 2022, l’agence de presse DHA [Demirören News Agency] ayant diffusé les images d’un essai – réussi – de ce nouveau missile balistique, supposé avoir une portée de 560 km.
Probablement que les autorités turques auraient souhaité garder le secret sur le Tayfun plus longtemps [du moins était-ce l’intention qui leur avait été prêtée à l’époque].
Quoi qu’il en soit, quelques semaines plus tard, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’appuya sur l’essai réussi de ce missile pour s’en prendre à la Grèce.
«Nous avons maintenant commencé à produire nos propres missiles. Cela effraie les Grecs, bien sûr. Quand vous dites ‘Tayfun’, les Grecs ont peur. Ils se disent qu’il pourrait frapper Athènes», avait-il affirmé le 11 décembre 2022. «Et cela pourrait arriver si vous ne gardez pas votre calme», avait-il continué en s’adressant aux responsables grecs. «Si vous essayez d’envoyer sur les îles [contestées de mer Égée, ndlr] les armes que vous avez reçues des États-Unis», alors «dans ce cas, un pays comme la Turquie ne va pas se contenter de ramasser des poires : il va faire quelque chose», avait-il prévenu.
«L’attitude de la Corée du Nord ne peut et ne doit pas entrer dans l’Alliance atlantique», lui rétorqua Nikos Dendias, alors ministre grec des Affaires étrangères, en faisant allusion aux programmes de missiles balistiques de Pyongyang.
Puis, en juillet 2025, Roketsan fit savoir que le développement d’une nouvelle version du Tayfun, appelée Tayfun Block 4, était en cours. Selon la presse turque, ce nouveau missile aurait été testé avec succès en décembre dernier.
«Grâce à ce test réussi, notre missile Tayfun franchit un nouveau seuil, élargissant l’horizon de notre sécurité et renforçant notre dissuasion. Nous continuons d’enrichir notre arsenal avec de nouveaux systèmes et à renforcer notre dissuasion avec des solutions multicouches, locales et nationales. Ce succès ne se limite pas à la précision d’un tir : il reflète le long parcours construit grâce à nos ingénieurs, à l’intelligence de notre jeunesse et à la détermination de notre peuple», fit alors valoir Haluk Gorgun, le président des industries turques de défense, selon des propos rapportés par l’agence Anadolu.
Son développement étant visiblement bien avancé, le Tayfun Block 4 a officiellement été dévoilé par Roketsan à l’occasion du salon de l’armement SAHA 26, qui se tient actuellement à Istanbul.
Monté sur un tracteur-érecteur-lanceur [TEL] basé sur le Derman 8×8 de Koluman, le Tayfun Block 4 est plus imposant que son prédécesseur, avec une masse de 7 tonnes et une longueur de 10 mètres. Sa portée serait comprise entre 1 000 et 1 500 km.
Mais la Turquie a une autre ambition : celle de développer le Yıldırımhan, un missile balistique intercontinental [ICBM], c’est-à-dire ayant une portée supérieure à 5 500 km. Également dévoilé lors du salon SAHA 26, ce programme est mené par le Centre de recherche et de développement du ministère turc de la Défense.
6000 KM Menzilli Türk Füsesi Yıldırımhan🇹🇷
MSB Arge merkezinin SAHA EXPO fuarında tanıttığı YILDIRIMHAN füzesi ile Türkiye Kıtalar Arası Balistik Füze (KABF/ICBM) üreten sayılı ülkeler arasında yerini aldı.
YILDIRIMHAN füzesinin özellikleri!
Menzil: 6000 kilometreHız: 9-25… pic.twitter.com/z8VuuRWogl
— Turkish Defence Agency (@tdefenceagency) May 5, 2026
Selon les minces explications données à son sujet, ce missile sera à propulsion liquide [ce qui suppose qu’il sera lancé depuis un silo] et il pourra emporter une charge militaire de 3 000 kg.
Le journal Yeni Safak a précisé que le Yıldırımhan sera doté de quatre moteurs-fusées et qu’il utilisera du tétraoxyde d’azote liquide comme carburant. Et d’ajouter qu’il «illustre les capacités technologiques croissantes de la Turquie dans le domaine des missiles stratégiques».
Pour le moment, le Yıldırımhan n’est qu’un projet. Reste à voir s’il va se concrétiser ou non : cela dépendra de ses essais qui, a priori, ne devraient pas tarder à être réalisés. Cela étant, il suscite quelques interrogations, à commencer par la nature de sa charge militaire.
🇹🇷🚀The Turkish YILDIRMHAN ICBM project is quite intriging.
It is liquid fueled, using Dinitrogen tetroxide (NTO), like the Russian 🇷🇺SARMAT or 🇨🇳Chinese DF-5, so it might be silo-based.
The main question is of course the type warhead it will carry. For now, all world ICBM are… https://t.co/fjMpl8WUkS pic.twitter.com/ambv6LeZ6O
— Etienne Marcuz (@Etienne_Marcuz) May 5, 2026
«Pour l’instant, tous les missiles balistiques intercontinentaux du monde sont équipés d’ogives nucléaires… La Turquie sera-t-elle le premier pays à introduire des ICBM armés de manière conventionnelle ? Si c’est le cas, sera-ce une charge unitaire massive ou des sous-munitions comme le [missile russe] Orechnik ?», se demande en effet Étienne Marcuz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique.
Source:
www.opex360.com




