Le fossé est toujours plus grand entre les États-Unis et leurs alliés européens de l’Otan. Après des mois de discours mettant en doute son engagement dans l’Alliance atlantique, Donald Trump est passé de la parole aux actes avec une décision concrète. Et c’est l’Allemagne qui en fait les frais.
Les États-Unis vont retirer 5 000 soldats actuellement stationnés en Allemagne dans les prochains mois, avant peut-être d’aller beaucoup plus loin, menace le président américain. Cinq mille sur les 39 000 qui y sont en ce moment, c’est quasiment 15%. C’est la première fois depuis que la guerre est de retour sur le continent européen que les États-Unis prennent une telle décision. Elle suit d’ailleurs de quelques heures un coup de téléphone entre Donald Trump et Vladimir Poutine qualifié de « très bon » à Washington et de « très professionnel » à Moscou. Donald Trump menace en outre les automobiles européennes de droits de douane de 25% et, là encore, c’est l’Allemagne qui est visée en premier lieu.
L’attitude allemande évolue
L’Allemagne est pourtant l’un des pays qui a décidé d’augmenter fortement ses dépenses de défense, comme le demande Donald Trump. Mais, depuis plusieurs mois, l’attitude allemande évolue. Début mars, juste après le début de la guerre contre l’Iran, le chancelier allemand Friedrich Merz était allé à Washington, et il avait été très conciliant avec le président américain dont il dépend pour sa défense ainsi que l’Europe et l’Ukraine. Dans le Bureau ovale, il n’avait rien dit quand Donald Trump, au cours de leur entretien, s’en était pris à l’Espagne, qualifiée de « très mauvais allié ». Son silence lui avait été vertement reproché. C’est peut-être ce qui explique qu’il y a une semaine, le chancelier allemand, qui est observateur, disait que « les Américains n’avaient visiblement aucune stratégie » en Iran et que Téhéran « humiliait » la première puissance mondiale. Depuis la décision de la Maison Blanche, l’Allemagne a fait savoir qu’elle exigeait désormais de l’Iran la réouverture du détroit d’Ormuz.
Bons et mauvais alliés
C’est donc tout simplement une punition. Et ce n’est pas une surprise. Il y a dix jours, le média en ligne américain Politico, généralement très bien informé, révélait, en citant un responsable de la Défense américaine, qu’il existait au Pentagone des listes de bons et de mauvais alliés de l’Otan et que le département américain de la Guerre, comme il s’est renommé depuis septembre dernier, cherchait un moyen de sanctionner les pays « naughty » (« pas sages »), comme le dit le responsable cité anonymement par Politico.
Grandir et s’assumer
Le vocabulaire est intéressant, car il s’applique habituellement aux enfants. « Naughty », ça signifie donc « vilain », par opposition à « nice », comme on dit des enfants gentils. Et parmi les punitions envisagées pour les alliés de l’Otan qui ont été vilains, il y avait le retrait de soldats américains. Les listes évoluent d’ailleurs parce qu’en décembre, l’Allemagne était encore considérée comme un pays gentil, pour lesquelles étaient prévues des faveurs spéciales qui restent à déterminer. Pour l’instant, ça consiste manifestement surtout à ne pas être puni. C’est que Donald Trump ne semble pas être tellement partisan de l’éducation positive. Il menace aussi l’Espagne et l’Italie, qui a récemment pris ses distances. La réaction des pays européens va être intéressante à observer. Ils peuvent être de gentils enfants et se mettre en rang. Ou choisir de grandir et de s’assumer pour devenir adultes et commencer à s’organiser pour se défendre par eux-mêmes, comme ils en parlent parfois depuis que Donald Trump est de retour à la Maison Blanche.
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Source:
www.rfi.fr




