C’est l’histoire d’une femme de 53 ans, ménopausée depuis deux ans, admise à l’hôpital pour des saignements vaginaux intermittents, accompagnés de pertes à l’odeur forte évoluant depuis environ un an.
Atteinte de trouble bipolaire et de troubles du spectre autistique, elle reconnaît avoir introduit volontairement et de façon répétée divers objets dans son vagin depuis le début de la trentaine. Elle n’est pas mariée et déclare n’avoir jamais eu de rapports sexuels.
Environ un an avant sa consultation dans un hôpital de Suzhou, à l’ouest de Shanghai, elle avait présenté à plusieurs reprises des saignements vaginaux peu abondants, inexpliqués, associés à des pertes malodorantes. Chaque épisode durait trois jours avant de disparaître spontanément.
Un mois avant sa dernière admission, un scanner abdomino-pelvien, réalisé pour des douleurs abdominales, avait mis en évidence une image anormale évoquant un corps étranger. Une hospitalisation avait alors été proposée, mais la patiente et sa famille avaient refusé tout examen vaginal sous anesthésie générale ainsi que toute intervention.
Dans le service de gynécologie, l’échographie pelvienne montre un col utérin augmenté de volume et un utérus contenant de multiples images hyperéchogènes irrégulières, suggérant la présence de corps étrangers.
En raison de signes locaux d’infection et afin de prévenir une infection du site opératoire, la prise en charge débute par la mise en route d’une antibiothérapie. Une intervention est ensuite réalisée sous hystéroscopie sous guidage échographique.
L’exploration de la cavité utérine met alors en évidence de nombreux objets. Leur nombre empêche une visualisation complète et impose une extraction des corps étrangers l’un après l’autre.
Au total, treize objets, de tailles et de matériaux variés, sont retirés : cinq petits flacons en porcelaine blanche, deux sachets plastiques d’emballage de bonbons, un flacon en plastique vert, deux flacons en plastique jaune-brun, un couvercle rigide en plastique, un objet en verre de forme prismatique rectangulaire et un bouton en plastique.
Après leur retrait, l’examen endoscopique révèle une importante réaction inflammatoire de la muqueuse vaginale et la présence de quelques polypes. La rétention prolongée des corps étrangers a par ailleurs laissé des empreintes visibles sur la paroi du vagin.
Une radiographie pelvienne réalisée après l’intervention confirme l’absence de corps étranger résiduel. L’examen anatomopathologique montre une inflammation aiguë et chronique, sans signe de malignité. La patiente sort le lendemain, sans complication immédiate.
Ce cas clinique, publié le 9 avril 2026 dans l’International Journal of Women’s Health, met en lumière plusieurs points importants. Les corps étrangers vaginaux sont rares chez la femme adulte, en particulier après la ménopause. Il illustre la longue latence possible entre l’insertion et l’apparition des symptômes, le rôle des troubles psychiatriques et de la faible coopération familiale dans le retard diagnostique. Il souligne la nécessité d’évoquer ce diagnostic devant des symptômes vaginaux inexpliqués chez des patientes ménopausées ou vulnérables sur le plan cognitif. Les manifestations, lorsqu’elles apparaissent, sont peu spécifiques : pertes malodorantes, saignements, infections à répétition.
La rétention prolongée de corps étrangers intra-vaginaux expose à de nombreuses complications : vulvovaginite récidivante, infections urinaires, saignements, pertes purulentes, ulcérations, perforations, ainsi que fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales, c’est-à-dire des communications anormales entre le vagin et la vessie ou le rectum. Dans les formes sévères, une infection grave, voire une septicémie, peut survenir.
Des cas de rétention sur de longues périodes ont déjà été rapportés, notamment chez des femmes ménopausées. La présence de treize objets distincts chez une même patiente demeure toutefois exceptionnelle.
Plusieurs observations récentes illustrent ces complications. En 2022, des gynécologues éthiopiens ont rapporté dans l’International Medical Case Reports Journal le cas d’une jeune femme de 18 ans ayant introduit un bouchon de bouteille dans son vagin. Resté en place pendant deux ans, il a provoqué une fistule vésico-vaginale responsable d’une fuite urinaire continue.
Dans un autre cas publié en 2024 par des médecins ougandais dans le Journal of Medical Case Reports, une fillette de 7 ans présentait des pertes vaginales malodorantes liées à la présence, pendant six mois, d’un bâton de manioc de 22 cm, responsable d’une perforation vaginale.
En 2013, dans le Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, une équipe franco-marocaine a rapporté un cas de cancer de l’utérus vraisemblablement induit par l’oubli, neuf ans auparavant, d’un corps étranger vaginal. Il s’agissait d’une compresse chirurgicale calcifiée, mesurant 4 cm × 2,5 cm, oubliée lors d’une intervention pour cancer du rectum. Restée au contact du col utérin pendant des années, elle a probablement favorisé l’apparition d’un carcinosarcome utérin. La tumeur, diagnostiquée à un stade avancé, n’a pas pu être totalement réséquée chez cette femme de 83 ans.
Plus récemment, en avril 2024, je rapportais le cas d’une quinquagénaire américaine adressée en consultation uro-gynécologique pour une incontinence urinaire rebelle associée à une hématurie. Un fragment de tampon hygiénique, oublié plusieurs années auparavant, avait été retrouvé dans le vagin.
Dix ans plus tôt, sur ce blog, je relatais le cas d’une femme de 38 ans ayant conservé pendant dix ans un sextoy introduit lors de rapports sexuels, alors qu’elle était sous l’emprise de l’alcool.
Ce billet est aussi l’occasion de ressortir (si j’ose dire) la liste de quelques objets insolites ayant été extraits de l’intimité féminine : bouteille en verre, boîte à bijoux, objet en bois, dispositif intra-utérin, mousse en polyuréthane, stylo, épingle à cheveux, capuchon en plastique, couvercle d’aérosol, jouet d’enfant.
Pour en savoir plus :
Jing Y, Xu F, Fu Y, Zhao M, Shan H. Thirteen Foreign Bodies Retained in the Vagina for More Than 20 Years in a Postmenopausal Woman : Case Report. Int J Womens Health. 2026 Apr9 ; 18 : 592816. doi : 10.2147/IJWH.S592816
Mengistu Z, Ayichew Z. Large Vesicovaginal Fistula After Vaginal Insertion of a Plastic Cap Healed with Two Weeks of Catheterization : A Case Report. Int Med Case Rep J. 2022 Aug 22 ; 15 : 437-441. doi : 10.2147/IMCRJ.S380716
Irumba C, Baragaine J, Obore S, et al. An intricate vagina penetrating injury with a 22 cm cassava stick in situ for 6 months : a case report. J Med Case Rep. 2024 Jan 25 ; 18 (1) : 30. doi : 10.1186/s13256-023-04339-5
Osman K, Abdellaoui B, Weyl B, Levêque J. Carcinosarcome utérin secondaire à un textilome vaginal : à propos d’un cas et revue de la littérature ? J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris). 2013 Feb ; 42 (1) : 91-4. doi : 10.1016/j.jgyn.2012.09.008
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Un fragment de tampon dans le vagin pendant plusieurs années
Source:
www.lemonde.fr




