Quelle fidélité la fiction doit-elle à l’histoire ? Xavier Giannoli, réalisateur du film « Les Rayons et les ombres », en débat avec l’historien Tal Bruttmann

Analyses & EnquêtesQuelle fidélité la fiction doit-elle à l’histoire ? Xavier Giannoli, réalisateur du film « Les Rayons et les ombres », en débat avec l’historien Tal Bruttmann

Depuis sa sortie, le 18 mars, Les Rayons et les ombres a rencontré un succès public (800 000 entrées environ à ce jour) plutôt inattendu pour un film de 3 h 15 portant sur un sujet sensible à plus d’un titre. L’histoire du patron de presse collaborationniste Jean Luchaire, venu du Parti radical-socialiste, partisan, dans les années 1930, de la réconciliation franco-allemande. Son pacifisme devenu aveuglement, sa vénalité et sa lâcheté, sa corruption morale et politique, sa fidélité opportuniste à son ami Otto Abetz, l’ambassadeur du IIIe Reich à Paris, l’ont mené à l’ultracollaboration. Financé par les nazis, son journal Les Nouveaux Temps devait écrire tout ce que les Allemands voulaient qu’il y soit écrit – et taire ce qui devait l’être.

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Mais le film de Xavier Giannoli dépeint aussi Luchaire en homme malade (de la tuberculose), en père inquiet (sa fille, Corinne, jeune actrice promise au succès et entraînée dans sa déchéance morale et politique), capable d’aider, ponctuellement. Un type dont on a dit qu’« il s’est vendu mais n’a jamais vendu personne ». Un homme dépravé, qui s’est laissé avilir par le cours de l’histoire, plutôt qu’un idéologue uniquement mû par son antisémitisme.

C’est cette ambivalence du personnage, mise au crédit du film par beaucoup de critiques, qui suscite le débat. Plusieurs historiens ont fait part de leur malaise devant les libertés prises par le réalisateur – lesquelles favoriseraient une empathie indue avec ces personnages. Alors qu’un confusionnisme est entretenu par l’extrême droite sur le rôle de Vichy – notamment par Eric Zemmour, qui considère que le régime a permis de « sauver des juifs » –, le film livrerait une vision enjolivée, au propre comme au figuré, du personnage de Luchaire, incarné par Jean Dujardin.

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Source:

www.lemonde.fr

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