La civilisation iranienne, que Donald Trump a menacé début avril d’anéantir, est le sujet de travail qui mobilise toute l’énergie de François Desset. Ce chercheur français a réussi à lire une écriture vieille de plus de 4 000 ans qui était jusqu’à maintenant réputée indéchiffrable.
L’élamite linéaire est un système d’écriture aujourd’hui disparu. Son nom fait référence à la civilisation de l’Elam, qui a existé à l’Antiquité dans le sud de l’actuel Iran et était la rivale de la Mésopotamie voisine.
Dans un entretien à l’AFP, François Desset, qui collabore à un département de recherches sur les sciences de l’Antiquité à l’université de Liège, en Belgique, explique que l’élamite linéaire est la seule écriture « vraiment locale » parmi toutes celles qui ont été utilisées dans la longue histoire de l’Iran.
« Toutes les autres – le cunéiforme, l’alphabet arabe ou l’alphabet grec – ont été importées depuis l’ouest », dit l’archéologue de 43 ans. Et le persan, d’origine indo-européenne, aujourd’hui langue officielle en Iran, notée avec l’alphabet arabe, est « beaucoup plus proche du français que de la langue élamite », assure-t-il.
Pour cet ancien étudiant de la Sorbonne à Paris, l’aventure en Iran commence en 2006, quand il participe à des fouilles dans le sud du pays mettant au jour des tablettes écrites en élamite linéaire.
Composé de 77 signes – en forme de losanges, courbes et autres assemblages géométriques –, ce système d’écriture a été découvert en 1903 par une mission française explorant le site archéologique de Suse, dans le sud-ouest de l’Iran actuel.
Mais il a résisté pendant des décennies aux tentatives de déchiffrement, probablement en raison du nombre très restreint d’inscriptions connues, selon le chercheur.
La frustration de François Desset va encore durer une dizaine d’années après sa « première rencontre physique » de 2006 avec l’élamite linéaire.
« Champollion des temps modernes »
« Il y a plein de fausses pistes, je ne trouve rien… » Jusqu’à ce qu’il puisse voir de ses propres yeux, pas uniquement en photos, les vases anciens de la collection Mahboubian, du nom d’une famille iranienne exilée à Londres.
En 2015, grâce à ces vases, « j’ai pu avoir accès à dix nouveaux textes et la clef du déchiffrement était dans ceux-là », enchaîne ce « Champollion des temps modernes », comme l’ont surnommé plusieurs médias.
Une référence au célèbre déchiffreur français des hiéroglyphes égyptiens dans les années 1820.
À Liège, François Desset travaille en association avec un égyptologue et un professeur d’assyriologie – expert des civilisations antiques de la Mésopotamie, l’Irak actuel. Leur trio assure constituer un pôle d’excellence unique dans le monde universitaire sur les trois berceaux historiques de l’écriture.
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« La clef du déchiffrement d’une écriture, comme très souvent, ce sont les noms propres, de lieux, de dieux, de rois », poursuit-il. « Pour Champollion, c’était ceux des souverains grecs, Ptolémée, Cléopâtre… Il a repéré les signes qui notaient les noms de ces souverains. Moi, mon Ptolémée, c’est un souverain qui s’appelle Shilhaha, il a régné vers 1950 avant Jésus-Christ. »
Sur une séquence de quatre signes, l’orientaliste repère que les deux derniers sont les mêmes, une répétition qui correspond précisément à la fin du nom « Shilhaha ».
Aujourd’hui, François Desset dit disposer de 45 inscriptions en élamite linéaire, soit deux fois plus qu’il y a vingt ans.
La compétence acquise pour le déchiffrement va peut-être lui permettre de remonter dans le temps désormais, et d’étudier les tablettes en écriture « proto-élamite » d’une période encore antérieure. Celles-ci sont aussi conservées au musée du Louvre à Paris, avec le fruit des découvertes de la première moitié du XXᵉ siècle.
En pleine guerre au Moyen-Orient, l’universitaire, qui a vécu en Iran de 2014 à 2020, se dit content de pouvoir mettre en valeur le riche patrimoine iranien. « J’espère que ces travaux vont avoir des retombées pour la culture et l’identité iraniennes quand les temps seront redevenus cléments. »
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Avec AFP
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